Havas coté à Amsterdam : le pari de l'indépendance
Séparé de Vivendi et coté à Amsterdam fin 2024, Havas a dépassé ses objectifs 2025 (+3,1 % en organique). Décryptage d'un groupe qui joue l'indépendance.
Dans un secteur qui se consolide à marche forcée — fusion Omnicom-Interpublic, naissance de WPP Media —, un acteur français a choisi le chemin inverse : celui de l'autonomie. Coté en Bourse depuis fin 2024, séparé du conglomérat Vivendi qui l'abritait, Havas avance désormais seul. Dix-huit mois plus tard, l'heure d'un premier bilan.
Un groupe autonome, coté à Amsterdam
Havas a fait ses débuts sur Euronext Amsterdam à la mi-décembre 2024, sous le nom de Havas N.V. et le symbole HAVAS, au terme de la scission du groupe Vivendi. L'ancienne maison mère, qui a éclaté en plusieurs entités cotées séparément, a distribué les actions Havas à ses actionnaires. Yannick Bolloré, longtemps aux commandes du groupe, en est le président-directeur général.
Havas se présente comme le sixième groupe mondial de communication. Il revendique quelque 23 000 collaborateurs dans plus de 100 pays et s'organise autour de trois grands métiers : la création — avec, en vaisseau amiral, l'agence BETC —, le média, via le réseau Havas Media, et la santé-communication. Son modèle intégré, baptisé « Havas Villages », réunit sous un même toit des équipes de spécialités différentes, censées travailler au plus près des annonceurs.
2025 : des objectifs financiers dépassés
Pour son premier exercice plein en tant que société indépendante, Havas a livré des chiffres solides. Le revenu net organique a progressé de 3,1 % sur l'année, au-dessus de la fourchette cible que le groupe s'était fixée (+2,5 % à +3,0 %). Le revenu net s'établit à 2 783 millions d'euros, pour des revenus totaux de 2 913 millions (+1,7 % par rapport à 2024).
La rentabilité suit : l'EBIT ajusté atteint 358 millions d'euros, en hausse de 2,9 %, soit une marge de 12,9 %, en amélioration de 50 points de base. Le résultat net part du groupe ressort à 189 millions d'euros, en progression de 9,2 %. Le quatrième trimestre, avec une croissance organique de 3,7 %, a dépassé les attentes des analystes.
Dans le détail géographique, l'Amérique du Nord (34 % du revenu net) a tiré la performance avec +4,9 % en organique, devant l'Amérique latine (+3,6 %) et l'Europe (+2,0 %), premier marché du groupe en volume. Havas aborde 2026 avec confiance et poursuit une stratégie d'acquisitions ciblées. Le groupe avait par ailleurs annoncé en 2024 un plan d'investissement de 400 millions d'euros dans l'intelligence artificielle et les technologies sur quatre ans — un pari lourd pour tenir le rythme face aux plateformes et aux consultants.
Une gouvernance qui fait débat
Le choix d'Amsterdam plutôt que de Paris n'a rien d'anodin. La cotation aux Pays-Bas s'accompagne d'une architecture destinée à « préserver l'indépendance et l'identité » du groupe. Une fondation de droit néerlandais — un stichting — détient une action de préférence lui permettant, en cas de changement de contrôle et pour une durée de huit ans, d'exercer des droits de veto sur des décisions sensibles, comme la révocation du dirigeant ou la modification des statuts. À cela s'ajoutent des droits de vote multiples pour les actionnaires fidèles : double après deux ans de détention, quadruple après quatre ans.
Ce dispositif anti-OPA, courant aux Pays-Bas, a nourri le débat sur la protection des actionnaires minoritaires et sur le verrouillage du contrôle. Les débuts en Bourse eux-mêmes ont été discrets : le titre a été valorisé autour de 1,9 milliard d'euros, en deçà des estimations qui circulaient avant la scission. Yannick Bolloré s'était dit « déçu » de l'accueil du marché, tout en défendant l'opération sur le long terme. Les résultats 2025 lui donnent, pour l'heure, des arguments.
Ce que le cas Havas dit du marché
À rebours des méga-fusions qui redessinent la carte mondiale, Havas fait de sa taille intermédiaire et de son indépendance un positionnement. L'argument peut séduire des annonceurs en quête d'un interlocuteur agile, capable d'aligner création, média et data sans les lourdeurs d'un géant. Reste à transformer l'essai dans la durée, sur un marché où la course à l'IA et la pression sur les marges ne faiblissent pas.
Pour comparer les acteurs de la communication et du média sur la place de Paris, le groupe illustre une voie singulière : celle d'un champion français qui a choisi de rester maître de son destin.