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Analyse·19 juillet 2026·4 min de lecture

Agences média : le talent, angle mort de la bascule IA

Baromètre UDECAM 2026 : 93 % des salariés aiment leur métier, mais la confiance dans l'avenir du secteur recule de 18 points. L'IA arrive en tête des craintes.

Agences média : le talent, angle mort de la bascule IA

Toute l'année, les agences média ont vendu l'intelligence artificielle à leurs clients : plateformes propriétaires, promesses de productivité, réorganisation des équipes autour de la donnée. Le 3 juillet, l'UDECAM a publié la deuxième édition de son baromètre sur l'attractivité des métiers en agence média, réalisé par l'institut iligo. Le document raconte l'autre versant de cette histoire : celui des équipes qui doivent l'exécuter.

Un métier qu'on aime et que personne ne connaît

Le paradoxe central tient en deux chiffres. 69 % des salariés d'agence média déclarent qu'ils ne connaissaient pas ces agences avant de les rejoindre — un niveau stable depuis la première édition. Et pourtant, une fois en poste, 93 % disent aimer leur métier, 80 % en être fiers, 68 % ne pas envisager de partir à court terme.

Côté étudiants, la connaissance du secteur reste théorique : 77 % estiment connaître les agences média, mais seulement 7 % déclarent en avoir une très bonne connaissance. La découverte passe massivement par l'école ou l'université, citée par 74 % des répondants. Geoffrey Blanquier, président de la commission Jeunes Talents de l'UDECAM, formule le problème sans détour dans The Media Leader : « Ce n'est pas une question de réenchanter les métiers, mais avant tout de leur donner de la visibilité. »

C'est un diagnostic rassurant pour la profession — un problème de notoriété se traite. Mais il masque deux signaux plus durs.

La confiance recule, l'IA est en tête des craintes

Premier signal : la confiance dans l'avenir du secteur tombe à 61 % chez les talents, en recul de 18 points par rapport à l'édition 2024. Le baromètre invite lui-même à la prudence sur cette comparaison — la première vague avait été menée par l'IFOP auprès de 1 360 collaborateurs de 11 agences, la seconde par iligo auprès de 610 professionnels et 211 étudiants, en mars-avril 2026. Les échantillons et les instituts diffèrent. L'ordre de grandeur, lui, mérite d'être regardé en face.

Second signal : l'intelligence artificielle est citée comme le premier facteur d'inquiétude pour l'avenir des métiers, par 72 % des répondants, aux côtés des incertitudes économiques. Dans le même temps, 86 % constatent qu'elle joue déjà un rôle dans leur travail. Ce n'est donc pas un rejet technologique : c'est une inquiétude de professionnels qui utilisent l'outil tous les jours et n'ont pas de réponse claire sur ce qu'il fera de leur poste. Les fonctions de planning stratégique et d'achat média digital, ainsi que les profils les plus juniors, ressortent comme les plus exposées.

Le vrai risque : abîmer le canal d'entrée

Le point le plus stratégique du baromètre n'est pas un pourcentage, mais un arbitrage budgétaire. Stages, alternance et réseau constituent la porte d'entrée d'environ 60 % des premiers emplois du secteur. Or, indique Élodie Courreau, déléguée générale de l'UDECAM, l'État ayant réduit son accompagnement financier des employeurs, les agences ont réorienté une partie de leur budget de l'alternance vers la formation des collaborateurs déjà en poste — l'une des grandes agences visant à former l'ensemble de ses salariés d'ici la fin de l'année.

L'arbitrage est rationnel à court terme. Il est risqué à trois ans. Un secteur dont 69 % des entrants ignoraient l'existence avant d'y travailler ne recrute pas par la marque employeur : il recrute par l'immersion. Réduire l'immersion pour financer la montée en compétence des équipes en place, c'est réparer le présent en fragilisant le vivier.

Ce que les agences peuvent en faire

La rémunération reste le point de tension assumé : 42 % de satisfaction seulement chez les talents, quand l'autonomie recueille 96 %, l'ambiance 89 % et les missions 87 %. Côté étudiants, 73 % citent le salaire comme un frein et seuls 36 % jugent les métiers bien rémunérés. Ajoutons que 45 % estiment le secteur difficile d'accès.

Trois chantiers se dégagent pour les agences média, indépendantes comprises :

  • Rendre le métier visible avant l'entretien. L'école reste le premier canal de découverte : conférences, cas pratiques, concours inter-écoles. L'UDECAM élargit son programme UDECAMPUS à la rentrée de septembre.
  • Documenter l'effet réel de l'IA sur les postes. L'inquiétude prospère sur le flou. Une cartographie honnête des tâches automatisées et des compétences qui prennent de la valeur vaut mieux qu'un discours d'opportunité.
  • Ne pas sacrifier l'alternance. C'est le canal d'entrée le moins cher et le plus efficace du secteur. Le supprimer par arbitrage budgétaire coûtera plus tard.

Les agences ont passé dix-huit mois à expliquer aux annonceurs que l'IA était une opportunité. Le baromètre suggère qu'il leur reste à en convaincre leurs propres équipes.

Sources