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Focus·25 juin 2026·4 min de lecture

Budget média de l'État : un marché de 428 M€ s'achève fin 2026

Plus de 100 M€ par an, tous médias, des dizaines d'institutions : plongée dans le budget média de l'État, confié à l'agence dentsu jusqu'à fin 2026.

Budget média de l'État : un marché de 428 M€ s'achève fin 2026

On l'oublie souvent, mais l'État figure parmi les tout premiers annonceurs de France. Sécurité routière, santé publique, transition écologique, recrutement des armées, prévention ou civisme : derrière ces campagnes se cache un marché public unique en son genre, dont l'accord-cadre actuel arrive à échéance le 31 décembre 2026. L'occasion de regarder de près comment la puissance publique achète son espace média.

Un acheteur unique pour tout l'État

Depuis septembre 2003, l'achat d'espace des campagnes d'information gouvernementales est mutualisé. C'est le Service d'information du Gouvernement (SIG), rattaché au Premier ministre et installé avenue de Ségur à Paris, qui en assure le pilotage. Le SIG agit au nom du Groupement des annonceurs de l'État (GAE), dans le cadre d'un mandat conclu avec la Direction des achats de l'État.

Le périmètre est vaste. Outre les services du Premier ministre, le marché couvre l'ensemble des ministères et secrétariats d'État, le Défenseur des droits, la CNIL, la DILA, la Direction générale de l'aviation civile, ainsi qu'une série d'opérateurs publics : ADEME, Institut national du cancer, Santé publique France, Agence nationale de l'habitat, Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, Agence du service civique, Office français de la biodiversité ou encore Agence nationale des jeux. Un seul mandataire achète l'espace pour tout ce monde.

Plus de 100 millions d'euros, tous médias confondus

Le poids financier a fortement crû. Les investissements médias du GAE sont passés de 68 millions d'euros en 2017 à 80 millions en 2019, 100 millions en 2020, puis 130 millions en 2021, portés notamment par les campagnes liées à la crise sanitaire. Le socle s'est depuis installé au-dessus de 100 millions d'euros par an.

La répartition, elle, ressemble de plus en plus à celle d'un grand annonceur privé. En 2021, le digital est arrivé en tête avec 40 % des investissements, devant la télévision (30 %), la presse (12 %), l'affichage (11 %, dont un tiers en numérique), la radio (6 %) et le cinéma (moins de 1 %). Le marché englobe d'ailleurs tous les leviers : TV — y compris segmentée —, radio, presse, affichage et DOOH, cinéma, mais aussi paid social, SEA, display programmatique, audio et vidéo digitale, jusqu'aux opérations spéciales et à l'activation d'influenceurs.

De la logique de coût à la logique de performance

Le SIG a fait du pilotage par la performance le cœur de son dispositif : suivi quantitatif et qualitatif des campagnes, engagements de résultats, transparence programmatique. Dans le dernier appel d'offres, les critères qualitatifs — réflexion stratégique, qualité d'exécution, suivi de la performance — pesaient 90 % de la note, le prix seulement 10 %. À l'inverse, certains leviers restent volontairement hors du marché média : la création et la gestion de contenus sociaux, le référencement naturel (SEO) et le CRM.

dentsu aux commandes jusqu'à fin 2026

À l'issue d'une consultation réunissant sept agences, c'est dentsu France qui a décroché ce marché à l'automne 2022, pour un montant global de 428 millions d'euros hors taxes sur la période 2023-2026. Une reconduction de fait : l'agence pilotait déjà le budget média de l'État depuis le début 2019. En parallèle, le SIG confiait à l'agence Maarc, pour 2,35 millions d'euros, la veille de l'action gouvernementale sur les réseaux sociaux et dans les médias.

L'accord-cadre a été conclu pour deux ans, reconductible une fois, avec une échéance maximale au 31 décembre 2026 et un plafond de dépenses fixé à 800 millions d'euros. Autrement dit : d'ici la fin de l'année, l'État devra remettre son budget média en compétition. Un rendez-vous scruté par toute la profession, tant le compte est emblématique.

Un thermomètre du marché publicitaire

Au-delà des montants, le budget média de l'État dit beaucoup de l'évolution du métier d'agence média : bascule vers le digital, exigence de mesure, montée du programmatique et des opérations spéciales, séparation nette entre conseil média et création. Pour un annonceur public soumis à l'obligation de transparence et au code de la commande publique, ces arbitrages font référence. La prochaine échéance, fin 2026, dira si le marché reste dans le giron d'un grand groupe international ou s'ouvre à d'autres configurations.

Sources