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Décryptage·21 août 2026·4 min de lecture

Mineurs et réseaux sociaux : la pub n'échappera pas à l'âge vérifié

L'interdiction des réseaux aux moins de 15 ans est censurée, pas abandonnée. Audiences, influence, vérification d'âge : ce qui attend marques et agences.

Mineurs et réseaux sociaux : la pub n'échappera pas à l'âge vérifié

Le 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré l'article 1er de la loi interdisant l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux (décision n° 2026-911 DC). Le texte, adopté par le Parlement le 21 juillet, devait s'appliquer dès le 1er septembre aux nouvelles inscriptions. Pour les plateformes, c'est un répit. Pour le marché publicitaire, ce n'est qu'une pause dans un mouvement de fond qui ne s'arrêtera pas.

Ce que dit vraiment la censure

Le Conseil n'a pas jugé l'objectif illégitime, il a retoqué la méthode. Une interdiction générale, sans égard à la situation du mineur ni aux risques propres à chaque service, porte une atteinte disproportionnée à la liberté de communication. Surtout, le dispositif aurait imposé à chacun, majeurs compris, de prouver son âge pour accéder à ces services. Le gouvernement a aussitôt annoncé vouloir réécrire le texte. La ligne d'arrivée s'éloigne, la direction demeure.

Un mouvement européen, pas une exception française

La France n'agit pas seule. Sept États membres, dont l'Espagne, l'Italie, le Danemark et la Grèce, travaillent avec la Commission européenne sur une solution de vérification d'âge qui pourrait être disponible dans l'UE d'ici fin 2026, et plusieurs pays réfléchissent à un âge minimum entre 14 et 16 ans. À Paris, le Sénat a obtenu début juillet le feu vert de Bruxelles pour un dispositif complémentaire de « liste noire » de services interdits aux moins de 15 ans. Hors d'Europe, l'Australie applique depuis le 10 décembre 2025 une interdiction aux moins de 16 ans. Le sujet est installé politiquement ; il reviendra, sous une forme ou une autre.

Pourquoi les annonceurs sont concernés

À première vue, l'enjeu publicitaire direct est limité : depuis 2023, le DSA interdit déjà aux grandes plateformes la publicité ciblée fondée sur le profilage des mineurs. Mais le vrai sujet est ailleurs.

D'abord, l'audience de demain. Selon la 10e édition du baromètre Born Social (heaven et Génération Numérique, septembre 2025), 76 % des 11-12 ans utilisent régulièrement au moins un réseau social. C'est là que se forment les usages, les codes et la familiarité avec les marques de divertissement, de grande consommation ou de sport. Sortir les moins de 15 ans des plateformes, c'est décaler l'entrée dans l'entonnoir et rebattre les cartes de l'influence « famille » et gaming.

Ensuite, un effet plus structurel : la vérification d'âge concernera tout le monde. L'« âge déclaré » qui fonde aujourd'hui les audiences deviendrait un « âge vérifié », avec une friction d'inscription nouvelle et des courbes d'audience mécaniquement révisées. Des inventaires « certifiés majeurs » pourraient même émerger comme critère d'achat, à la frontière de la brand safety.

La leçon australienne

L'Australie offre un aperçu du scénario. Environ 4,7 millions de comptes de moins de 16 ans ont été désactivés par les plateformes pour se conformer à la loi. Mais une étude publiée fin juin indique qu'une large majorité d'adolescents continue d'accéder aux services visés, souvent via des comptes déclarés majeurs. Pour le marché, c'est le pire des mondes : des audiences officielles qui ne reflètent plus les usages réels, et des mineurs toujours présents mais devenus invisibles pour les dispositifs de protection comme pour la mesure.

Trois chantiers pour la rentrée

Pour les agences médias et leurs clients, trois chantiers concrets. Un : cartographier l'exposition réelle des marques aux moins de 15 ans, organique comprise, sur le social, l'influence et le gaming. Deux : préparer des plans « jeunes publics » recomposés selon le périmètre qui sera retenu par le futur texte, vers la vidéo en ligne, le gaming ou la télévision familiale. Trois : traiter la vérification d'âge comme un sujet média à part entière, et non comme un dossier juridique, car elle déterminera demain la taille, la composition et la fiabilité des audiences sociales.

La censure du 14 août n'a pas tranché le fond, elle a seulement invalidé un chemin. Les marques qui documentent dès maintenant leur dépendance aux audiences mineures aborderont la suite en position de force.

Sources