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Focus·23 août 2026·3 min de lecture

Buzzman, la créative qui s'est mise au média

De Burger King à Allianz, Buzzman a bâti sa réputation sur l'idée. Avec le rachat de Tyers, l'agence fondée par Georges Mohammed-Chérif ajoute le média.

Buzzman, la créative qui s'est mise au média

En janvier 2026, Allianz France a confié sa communication à Buzzman, au terme d'une consultation pilotée par le cabinet Pitchville. Pour l'assureur, ce choix referme une décennie de collaboration avec Ogilvy ; une première campagne, jouant l'autodérision, a été dévoilée dès le 25 janvier. Pour Buzzman, ce gain raconte autre chose : l'une des créatives les plus en vue de sa génération ne veut plus seulement trouver l'idée, elle veut aussi décider où et comment cette idée se diffuse.

De l'électron libre au trio Havas

Fondée en 2006 par Georges Mohammed-Chérif, Buzzman s'est construite en marge des grands réseaux, avec une spécialité revendiquée : le coup créatif qui fait parler, pour des marques comme Burger King, dont elle a accompagné le retour en France. En septembre 2019, le chapitre indépendant se referme : Havas entre au capital à hauteur de 51 %, pour un montant d'environ 22 millions d'euros. Le groupe de Yannick Bolloré aligne alors un trio créatif redoutable — BETC, Rosapark, Buzzman — tout en laissant à l'agence son autonomie de fonctionnement et sa marque. Sept ans plus tard, le pari tient : Buzzman a gardé son identité, son fondateur et son fonds de commerce, l'idée qui dépasse son budget.

Tyers, le pari du média « émotionnel »

Le tournant le plus structurant est ailleurs. En décembre 2024, Buzzman a racheté Tyers, agence média indépendante fondée en 2017 par Dorian Amichaud et Sébastien Albert. Les deux maisons collaboraient déjà officieusement pour Krispy Kreme, Murfy, Columbus Café ou Adopt Parfums. Avec cette acquisition, l'agence entre officiellement dans le conseil média, après avoir déjà internalisé la production avec son studio Productman.

La philosophie assumée par Julien Levilain, CEO de Buzzman, prend le contre-pied des discours d'optimisation : le média ne doit pas être réduit à des metrics, mais exploité comme un levier émotionnel. Les exemples cités sont éloquents — des bâches de chantier détournées pour Burger King aux notifications TV d'Uber Eats : le choix du support fait partie de l'idée. Au moment du rachat, Buzzman revendiquait 45 millions d'euros de chiffre d'affaires et 190 collaborateurs.

Ce que ce virage dit du marché

Ce mouvement n'est pas isolé, il illustre une convergence qui travaille tout le secteur. Selon l'étude budgets médias 2026 de l'Union des marques, 70 % des annonceurs français veulent une intégration renforcée entre média et création, au nom de l'agilité et de la pertinence. Les agences médias montent depuis des années vers le conseil, le contenu et la création ; avec Buzzman, c'est une créative qui fait le chemin inverse, vers la stratégie des moyens.

Pour les annonceurs, la promesse est séduisante : un point d'entrée unique, de la réactivité, et des dispositifs où l'idée et sa diffusion sont pensées ensemble. Elle a aussi ses limites. L'achat média à grande échelle reste un métier d'outils, de mesure et de puissance de négociation, où les agences médias spécialisées conservent un avantage structurel. Buzzman ne se positionne d'ailleurs pas en concurrent frontal des grands réseaux d'achat : son terrain, c'est le média comme caisse de résonance créative, sur des budgets où l'impact prime sur le volume.

À vingt ans, l'agence parisienne joue donc une partition singulière : adossée à Havas mais gérée comme une maison indépendante, créative de réputation mais désormais équipée pour parler stratégie des moyens. Le budget Allianz, gagné face au marché sur une consultation formelle, sera son premier grand test grandeur nature. La suite dira si le média « à la Buzzman » devient un vrai second métier — ou reste le prolongement naturel de la créa.

Sources