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Décryptage·25 août 2026·4 min de lecture

DAB+ : la radio joue collectif pour sauver sa distribution

France TV, TF1, M6, RMC BFM et les radios ont fait campagne ensemble cet été pour le DAB+. Derrière la promo, une bataille de distribution décisive.

DAB+ : la radio joue collectif pour sauver sa distribution

L'image est passée presque inaperçue entre deux tunnels publicitaires estivaux : du 31 juillet au 16 août, les antennes de France Télévisions, TF1, M6, SECOM et RMC BFM ont diffusé une même campagne vantant les mérites du DAB+ en voiture, en complément d'une vague radio. Une première : jamais les grands groupes audiovisuels français, concurrents frontaux sur le marché publicitaire, ne s'étaient réunis derrière une cause commune — défendre le média radio. Quand des rivaux mutualisent leur inventaire pour un spot d'intérêt collectif, c'est que l'enjeu dépasse la promotion d'une technologie.

Une réponse d'infrastructure à une érosion d'audience

Le constat est connu et l'Arcom le formule sans détour : concurrencée par les services numériques, la radio voit reculer son audience et ses revenus publicitaires. La réponse choisie par la filière n'est pas éditoriale mais industrielle : sécuriser un canal de distribution en propre, gratuit, anonyme et sans intermédiaire. Fin 2025, la radio numérique terrestre couvrait environ 66 % de la population en réception intérieure, près de 18 000 communes desservies avec une quarantaine de radios en moyenne, et près de 80 % des autoroutes. L'objectif fixé par le régulateur : 80 % de la population couverte en mobilité pour les multiplex métropolitains d'ici fin 2026.

Le précédent belge sert de boussole. Grâce à des campagnes soutenues et à la mobilisation des distributeurs et des concessionnaires automobiles, le DAB+ y représente désormais plus de 30 % du temps d'écoute de la radio. C'est le scénario que la filière française veut répliquer — et la campagne télévisée commune de cet été, calée sur les grands départs, en est l'outil le plus visible.

La vraie bataille se joue sur le tableau de bord

Pourquoi la voiture ? Parce que l'écoute en mobilité pèse 30 % de l'écoute globale de la radio, et que c'est précisément là que la menace est la plus sérieuse. Le code européen des communications électroniques impose certes un tuner DAB+ dans les véhicules neufs équipés d'un tuner FM. Mais certains constructeurs envisagent de supprimer purement et simplement tout tuner radio de leurs modèles, au profit d'interfaces connectées où la radio devient une application parmi d'autres — soumise aux règles, aux référencements et aux commissions des plateformes. Le président de l'Arcom, Martin Ajdari, y voit « le risque d'une disparition complète du média » et a proposé un groupe d'experts chargé de préparer des dispositions législatives garantissant un accès libre et universel à la radio.

Ce combat n'est pas anecdotique pour le marché publicitaire. Un média qui contrôle sa distribution vend son inventaire sans reverser de péage à un intermédiaire technologique. Un média distribué par les plateformes — assistants vocaux, systèmes embarqués, agrégateurs — négocie sa visibilité et partage sa valeur. Le DAB+ est, pour la radio, l'équivalent de ce que la TNT fut pour la télévision : une assurance-vie hertzienne.

Ce que cela change pour les annonceurs et leurs agences

À court terme, l'équation économique reste tendue : l'Arcom anticipe environ 30 millions d'euros de coûts de diffusion DAB+ en 2026 pour les éditeurs, soit un doublement par rapport à 2023 — une charge lourde pour un secteur dont les recettes s'effritent. Mais pour les acheteurs médias, trois signaux méritent attention. D'abord, la radio demeure un média de masse à coût d'entrée maîtrisé, dont la couverture numérique terrestre progresse région par région : un levier de puissance complémentaire du digital, notamment en drive-to-store. Ensuite, le DAB+ enrichit le signal (visuels, données associées) et prépare une mesure et des formats plus fins, qui rapprocheront l'audio hertzien des standards de l'audio digital. Enfin, la structuration collective de la filière — campagnes communes, indicateurs partagés de couverture, d'équipement et d'audience — crédibilise le média dans les arbitrages, à l'heure où les annonceurs cherchent des environnements sûrs, sobres et sans fraude.

La radio n'a pas gagné la bataille de l'attention, mais elle a choisi son terrain : la distribution. C'est une leçon qui vaut au-delà de l'audio — demander aux plateformes la permission d'exister n'est pas une stratégie.

Sources