L'Annuaire
Focus·27 août 2026·4 min de lecture

The Arcane, l'indépendant qui grandit par filiales

Six mois après son lancement, Pop stories revendique une quinzaine de clients. La méthode d'un indépendant qui préfère lancer des marques que des départements.

The Arcane, l'indépendant qui grandit par filiales

La même semaine, deux façons de grandir dans l'influence. D'un côté, Publicis Groupe France annonce le 26 août le rachat de Point d'Orgue et range l'agence dans un ensemble existant. De l'autre, un indépendant d'une cinquantaine de personnes publie les six mois de la filiale qu'il a créée de toutes pièces. The Arcane n'achète pas de la taille : il fabrique des marques.

Cinq ans pour se placer

Le cabinet a été lancé en janvier 2021 par Marion Darrieutort, entre deux confinements, avec dix CDI signés dans une visibilité quasi nulle. La dirigeante n'en était pas à son premier essai : elle avait fondé Elan, cédée au réseau international Edelman en 2014. Une levée de 3 millions d'euros bouclée en 2023 auprès d'un fonds entré au capital de façon minoritaire a permis de changer de dimension.

Cinq ans plus tard, les ordres de grandeur communiqués par l'entreprise à Stratégies en février 2026 situent le cabinet dans la catégorie des indépendants qui comptent : une cinquantaine de collaborateurs, autant de clients actifs, une marge brute annuelle supérieure à 11 millions d'euros. Le classement VcomV des agences d'influence conseillant le CAC 40, cité par le magazine, le plaçait alors en sixième position, à distance des maisons historiques du conseil aux dirigeants. Parmi les clients cités publiquement par sa fondatrice figurent L'Oréal, Mistral AI, LCL, Cisco, GL Events, SAP ou Butagaz.

Précision utile : on parle ici d'influence au sens du conseil aux dirigeants, des affaires publiques et de la communication corporate — pas du marketing d'influence et de ses créateurs. Deux métiers qui partagent un mot et pas grand-chose d'autre.

Pop stories, le test des six mois

Lancée en février 2026 et dirigée par Pauline Persyn — passée par Edelman, Burson et Euros/Agency — avec Béatrice Kaplan comme directrice associée, Pop stories revendique fin août une quinzaine de clients actifs pour une équipe de six personnes. La liste communiquée mélange luxe, hôtellerie et grande consommation : Carita, Veuve Clicquot, le groupe hôtelier Evok Collection, JK Place Paris, le groupe Junk, le groupe Rivaj, Nutella ou l'Unifab.

Le positionnement revendiqué tient en une formule : un modèle hybride entre le bureau de presse et l'agence conseil, associant conseil stratégique, relations presse, influence, social media et activations. Sur le papier, c'est le discours de la moitié du marché. Dans les faits, une quinzaine de budgets en six mois avec six personnes, c'est un ratio qui se vérifiera — ou non — au premier renouvellement.

Lancer une marque plutôt qu'un département

C'est la partie intéressante pour qui dirige une agence. The Arcane aurait pu ouvrir un pôle lifestyle en interne. Il a préféré une entité séparée, avec sa marque, sa direction et son compte de résultat. Le rachat de 5e Rue en 2025 obéissait à la même logique d'ajout de briques distinctes plutôt que de fusion.

Trois raisons rendent ce choix rationnel pour une structure de cette taille. Le recrutement d'abord : on attire plus facilement une direction générale avec un titre de dirigeante qu'avec un poste de responsable de pôle. Le pricing ensuite : un bureau de presse lifestyle et un cabinet de conseil aux dirigeants ne se vendent ni au même tarif ni aux mêmes interlocuteurs, et les loger sous une seule marque force l'un des deux à s'aligner sur l'autre. Le risque enfin : une filiale qui ne prend pas se referme sans abîmer la maison mère.

La contrepartie est connue de tous ceux qui ont essayé. Multiplier les marques, c'est multiplier les coûts fixes, diluer la notoriété et créer des zones de friction commerciale entre entités qui croisent les mêmes annonceurs. La dirigeante assume l'objectif — bâtir un collectif d'experts des métiers de l'influence, avec d'autres acquisitions à l'étude — mais le modèle ne tient que si chaque marque atteint sa taille critique.

Ce que ça dit du marché

Le mouvement de consolidation qui aspire les agences d'influence vers les grands groupes laisse un espace ouvert à ceux qui refusent de vendre. La constellation de marques est l'une des rares réponses disponibles pour un indépendant qui veut couvrir plusieurs métiers sans devenir illisible. Reste à savoir si un collectif de petites unités résiste mieux qu'une agence unique quand un client structurant s'en va. Le prochain rendez-vous sera comptable : les chiffres 2026 du groupe diront si la méthode produit de la croissance ou de la dispersion.

À consulter : les agences de relations presse et influence et de conseil de l'annuaire.

Sources