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Focus·28 août 2026·4 min de lecture

Rumeur Publique, l'indépendant qui achète sa force créative

En mars, l'agence d'influence a absorbé Okó et ses 156 prix créatifs. Résultat : un groupe indépendant de 130 personnes et 18 M€ de marge brute.

Rumeur Publique, l'indépendant qui achète sa force créative

Dans le corporate, la question n'est plus de savoir si un message circule, mais s'il émerge. C'est le pari qui a conduit Rumeur Publique, agence de communication d'influence fondée en 1988, à racheter en mars 2026 une agence de création et de brand content, Okó — anciennement HF Conseils, née en 1993. L'ensemble revendique 130 collaborateurs et 18 millions d'euros de marge brute. Pour un indépendant des relations médias, c'est un changement de catégorie.

Une agence tech devenue généraliste

Rumeur Publique s'est construite sur la technologie. Ses références publiques le rappellent : Google Cloud, Salesforce, mais aussi des univers plus industriels comme APRR, Storengy, G7 ou Aramis Auto. Le portefeuille s'est progressivement élargi au conseil, à l'assurance et à la finance, puis, par croissance externe, à la construction et à l'agroalimentaire. L'agence est présidée depuis 2010 par Jacques Armessen, après avoir été créée par Christian Giacomini.

Le millésime 2025 lui a donné un point d'appui : au 46e Grand Prix des Agences de l'Année, dont le palmarès a été dévoilé le 16 décembre 2025, Rumeur Publique Affaires Publiques a été élue agence de communication des affaires publiques de l'année. Le lobbying et les relations institutionnelles ne sont pas la partie la plus visible du métier, mais c'est l'une des rares où la valeur d'un conseil se mesure encore à autre chose qu'à un coût pour mille.

Ce qu'on achète en achetant une agence de création

Okó, de son côté, arrive avec un actif immatériel difficile à reconstituer en interne : 156 prix créatifs revendiqués, un titre d'agence éditoriale de l'année en 2024 et, selon l'agence, sept titres d'agence de l'année en quatorze ans. Ses clients — Royal Canin, l'AFM-Téléthon, MGEN, Henner, Transgourmet, l'UIMM, Frisquet — dessinent un territoire mutualiste, associatif et industriel très complémentaire de la tech.

C'est là que l'opération se distingue d'un simple élargissement de périmètre. Une agence de relations médias qui veut « faire de la créa » recrute en général un directeur artistique et un concepteur-rédacteur, puis constate au bout de dix-huit mois que la culture ne suit pas. Racheter une maison de 1993 avec son historique de récompenses, c'est acheter une méthode et une réputation, pas des postes. Les deux équipes ont d'ailleurs été réunies dans les mêmes locaux, à Saint-Denis — condition posée explicitement par les dirigeants pour que les synergies existent ailleurs que dans un communiqué.

Le montage compte autant que l'opération

Le schéma capitalistique mérite l'attention, parce qu'il est devenu le modèle dominant des indépendants qui veulent grossir sans se vendre à un réseau. En 2024, Rumeur Publique avait ouvert son capital pour la première fois à Siparex Entrepreneurs, en minoritaire, pour financer une transmission managériale et renforcer l'actionnariat de ses cadres. Deux ans plus tard, ce socle sert de véhicule au build-up.

Okó devient filiale mais conserve son indépendance managériale, et son président-fondateur Hervé Francès ne sort pas : il devient actionnaire de référence de Rumeur Publique & Co, la holding, et entre au comité stratégique. Le vendeur reste donc exposé au succès de l'ensemble. C'est la différence entre une acquisition et une alliance — et, accessoirement, la meilleure garantie contre la fuite des talents qui suit souvent un rachat.

Deux consolidations qui ne parlent pas de la même chose

L'opération arrive dans une séquence chargée. Le 26 août, Publicis Groupe France a annoncé le rachat de Point d'Orgue, agence d'influence marketing. Les deux mouvements portent le même mot, « influence », mais ne recouvrent pas le même marché : d'un côté la creator economy branchée sur les plans médias, de l'autre l'influence corporate — relations presse, affaires publiques, réputation — où le client n'achète pas une audience mais une crédibilité.

Pour les agences de relations publiques, le message est clair : la spécialisation pure devient un plafond. Les annonceurs corporate arbitrent désormais entre un budget RP, un budget contenu et un budget publicitaire dans la même enveloppe, et attendent un interlocuteur capable de tenir les trois. L'indépendance, dans ce contexte, ne se défend plus seulement par la qualité du conseil : elle se finance.

Sources

La fiche de l'agence dans notre annuaire : Rumeur Publique.