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Décryptage·23 juillet 2026·3 min de lecture

Cookieless : la promesse enterrée, la bascule bien réelle

Google a démantelé la Privacy Sandbox en octobre 2025 : les cookies tiers survivent. Pourtant, le marché a basculé vers la first-party data. Décryptage.

Cookieless : la promesse enterrée, la bascule bien réelle

Pendant cinq ans, le marché publicitaire a vécu au rythme d'un compte à rebours : la fin annoncée des cookies tiers. Chaque report de Google relançait les mêmes séminaires, les mêmes livres blancs, la même angoisse. Le verdict est finalement tombé, mais à l'envers de ce que tout le monde préparait. Le 17 octobre 2025, Google a démantelé sa Privacy Sandbox, l'arsenal censé remplacer le cookie. Résultat : le cookie tiers, lui, survit. Et pourtant, la bascule que la « cookiepocalypse » devait provoquer a bien eu lieu.

Six ans de promesses, un enterrement discret

Lancée en 2019, la Privacy Sandbox devait réconcilier ciblage publicitaire et vie privée en remplaçant le cookie tiers par une poignée d'API maison. Six ans plus tard, Google en retire l'essentiel : Topics, Attribution Reporting, Protected Audience et Private Aggregation sont progressivement abandonnées, et la marque « Privacy Sandbox » elle-même disparaît. Seules quelques briques réellement adoptées, comme CHIPS (les cookies partitionnés par site), sont conservées.

Le signal était venu plus tôt. En avril 2025, Google renonçait déjà à afficher dans Chrome l'invite de choix qui devait pousser les internautes à désactiver les cookies tiers : la gestion resterait entre les mains de l'utilisateur, comme aujourd'hui. Les motifs invoqués pour l'abandon final tiennent en trois mots : adoption trop faible, retours d'écosystème peu enthousiastes et pression antitrust persistante. Comme l'a résumé Stratégies, Google « abandonne définitivement l'abandon des cookies tiers ».

Le paradoxe : les cookies restent, le marché a tourné la page

On pourrait croire à un statu quo. C'est l'inverse. Pendant que Google temporisait, les annonceurs ont cessé d'attendre et sécurisé ce qu'ils contrôlent : leurs propres données. La first-party data, collectée via CRM, programmes de fidélité, environnements logués et consentement explicite, est devenue le socle des stratégies de ciblage et de mesure. L'objectif est double : réduire la dépendance aux grandes plateformes et gagner en qualité de donnée.

Les chiffres racontent ce déplacement. Le retail media, entièrement bâti sur les données propriétaires des distributeurs, devrait atteindre 197 milliards de dollars dans le monde en 2026, soit +16 % sur un an selon les estimations de WARC. Le marché des plateformes de données clients (CDP), colonne vertébrale de cette collecte, était estimé à 3,5 milliards de dollars dès 2024, avec une croissance annuelle attendue autour de 25 % jusqu'en 2028. Comme l'a noté Axios, l'industrie a pivoté « vers l'IA et la first-party data », pas vers les API de Google.

Ce que ça change pour les agences

Pour les agences média et communication, la leçon est moins technique que stratégique. La valeur ne se joue plus sur la capacité à contourner une échéance, mais sur celle à bâtir des actifs durables :

  • Infrastructure de données : aider l'annonceur à structurer sa first-party data, ses CDP et ses environnements de collecte consentie.
  • Retail media et clean rooms : maîtriser des écosystèmes où la donnée propriétaire remplace le cookie tiers pour cibler et mesurer.
  • Conseil et gouvernance : arbitrer entre plateformes, garantir la conformité RGPD et la qualité du consentement.

Le paradoxe cookieless est au fond une bonne nouvelle pour qui a fait le travail. Les marques et les agences qui ont investi dans leurs données ne perdent rien à la survie du cookie tiers : elles disposent d'un capital que ni Google ni personne ne peut retirer d'un communiqué. Celles qui attendaient l'échéance pour agir découvrent, elles, qu'elle n'existera jamais, et que le retard, lui, est bien réel.

L'échéance est morte. La transformation, non. Reste à savoir qui, du côté des agences, aura transformé cinq ans d'angoisse en avantage concurrentiel.

Sources