Surf, l'indépendant qui rachète sur ses fonds propres
Portrait du groupe Surf : 80 collaborateurs, 12 M€ de chiffre d'affaires, trois acquisitions financées sans investisseur et un nouveau positionnement en 2026.
Le marché français de la communication s'est habitué à un scénario unique pour les agences indépendantes qui grandissent : ouvrir le capital à un fonds, puis se vendre à une holding. Le groupe Surf raconte une autre histoire. Trois acquisitions en trois ans, financées sur ses fonds propres, et un repositionnement dévoilé début juillet 2026 : de quoi mériter un examen attentif.
Une entreprise familiale devenue groupe
Surf n'est pas un nouvel entrant. L'agence a été créée en 1993 par Roland Goldenberg et a longtemps compté seulement quelques salariés. Elle est aujourd'hui dirigée par ses deux cofondateurs, François et Olivier Goldenberg, qui décrivent à Stratégies deux séquences de croissance distinctes : une première à partir de 2011, une seconde ces trois dernières années, portée par les rachats.
Le groupe revendique aujourd'hui 80 collaborateurs, 12 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel et plus de 150 clients actifs, parmi lesquels Stratégies cite LCL, Visa, Intermarché ou LVMH. Ce n'est ni une micro-structure ni un poids lourd : exactement la zone intermédiaire où le marché est le plus impitoyable, coincée entre les réseaux intégrés qui préemptent les grands budgets et les petites structures agiles sur les missions ponctuelles.
Trois acquisitions, pas d'investisseur
C'est le point qui distingue Surf de la plupart des consolidateurs indépendants du marché. Les acquisitions mises en avant par Stratégies — Pulp (design), Elixir Design et Dialogues Conseil — ont été réalisées en fonds propres, sans entrée d'un fonds au capital. Dans un secteur où la croissance externe passe presque systématiquement par un partenaire financier, c'est une exception assumée.
Le calcul est simple : pas de dilution, pas d'horizon de sortie imposé, pas de calendrier de retour sur investissement dicté par un tiers. Le revers l'est tout autant : le rythme des opérations est plafonné par la capacité d'autofinancement du groupe. Surf ne rachètera pas cinq agences par an. Il n'y prétend pas.
Chaque opération a comblé une case : le design et le branding avec Pulp et Elixir Design, la création de contenu pour les annonceurs de la banque, des RH et de l'assurance avec Dialogues Conseil. Une logique de complémentarité plutôt que de volume.
Un périmètre élargi, un positionnement resserré
Le 2 juillet 2026, le groupe a dévoilé sa nouvelle signature, « Ride the Change », accompagnée d'une identité visuelle et d'un site refondus, et d'un emménagement dans un nouveau siège à Boulogne-Billancourt doté d'un studio d'enregistrement. L'offre est désormais structurée autour de six expertises : stratégie de marque, identité et design, communication et activation, brand content, expérience client et retail education, et santé.
Cette architecture répond à un problème concret : après trois acquisitions, un groupe doit expliquer ce qu'il est devenu. « 2025 et 2026 ont été deux années charnières avec l'intégration des agences rachetées », résume François Goldenberg dans Stratégies, qui affiche l'ambition de devenir « une alternative à taille humaine aux géants du secteur de la com ».
Les dirigeants identifient eux-mêmes une brèche restante : le social media et l'influence, où le groupe reconnaît devoir se renforcer. Une lacune qui pèse sur un marché où ces deux leviers concentrent une part croissante des budgets.
L'IA, prochaine ligne de fracture
Le groupe s'est doté d'une équipe dédiée à l'intégration de l'intelligence artificielle dans ses métiers, et annonce un outil propriétaire pour la fin 2026. La conviction affichée par les frères Goldenberg est nette : « En tant qu'indépendants, la taille compte. Et nous sommes assez convaincus que l'accélération l'IA va rebattre les cartes. »
C'est peut-être là que l'autofinancement montrera ses limites. Développer un outil propriétaire, former 80 personnes, absorber le coût des licences : ces investissements sont exactement ceux que les fonds servent à financer chez les concurrents. Surf fait le pari qu'une structure de 12 millions d'euros peut les porter seule.
Ce que le cas Surf dit du marché
Trois voies coexistent aujourd'hui pour une agence indépendante française de taille intermédiaire : vendre à un groupe, ouvrir son capital à un fonds pour financer sa croissance, ou avancer sur ses seuls moyens. La deuxième domine largement. Surf illustre que la troisième reste praticable — plus lentement, avec moins de marge d'erreur, mais sans horloge extérieure.
Le test viendra dans les prochains exercices : un groupe qui a triplé son périmètre en trois ans doit prouver que l'addition d'expertises produit des missions plus larges, et pas seulement un organigramme plus fourni. Pour explorer les agences de conseil, de design et de communication de la région, notre annuaire recense les acteurs à Paris.