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Focus·1 août 2026·4 min de lecture

Hopscotch : la France tient, l'international décroche

Au S1 2026, Hopscotch affiche 42,8 M€ de marge brute, en recul de 6,8 %. La France reste stable à 31 M€ : tout le repli vient de l'international.

Hopscotch : la France tient, l'international décroche

Le 29 juillet, Hopscotch a publié son activité consolidée du premier semestre 2026. Les chiffres méritent d'être lus dans le bon ordre. Le chiffre d'affaires ressort à 116,6 millions d'euros, contre 118,5 millions un an plus tôt, soit un repli de 1,6 %. La marge brute — l'indicateur qui compte réellement dans les métiers de la communication, puisqu'il neutralise les achats refacturés — s'établit à 42,8 millions d'euros, en recul de 6,8 %.

Deux points de baisse sur le chiffre d'affaires, presque sept sur la marge : l'écart raconte à lui seul l'histoire du semestre.

La France ne bouge pas, l'étranger décroche

C'est la ligne la plus intéressante du communiqué. L'activité facturée depuis la France ressort à 31,0 millions d'euros de marge brute, « identique à celle de l'an passé », avec « un bon soutien de l'événementiel ». Autrement dit : le marché domestique n'a rien perdu.

La totalité du recul vient donc de l'international. Le groupe l'attribue d'abord à la zone Golfe, où les activités événementielles et la communication touristique sont « temporairement à l'arrêt » dans l'attente de la fin des hostilités — en Arabie saoudite, mais aussi au Qatar et à Dubaï, où des dossiers déjà gagnés ont été annulés. S'y ajoutent deux effets de moindre ampleur : les États-Unis, où les droits de douane pénalisent plusieurs clients du groupe et gèlent les décisions, et le Japon, qui subit un effet de base défavorable après une année 2025 exceptionnelle portée par l'exposition universelle d'Osaka.

Pour un groupe qui compte plus de 1 200 collaborateurs, dont la moitié hors de France, répartis dans une quarantaine de bureaux sur cinq continents, l'exposition internationale est structurelle. Elle a longtemps été présentée — à juste titre — comme un amortisseur face aux cycles publicitaires français. Ce semestre montre l'autre face de la médaille : quand la géopolitique se déplace, elle atterrit directement dans le compte de résultat d'une agence.

Le calendrier comme business model

L'événementiel est le cœur historique d'Hopscotch, et ses métiers vont de l'événement aux relations publics, en passant par l'influence, le digital, les affaires publiques et le média. Cette structure a une conséquence simple : une partie de l'activité dépend moins de la conjoncture publicitaire que du calendrier des grands rendez-vous.

C'est exactement ce que le groupe met en avant pour la suite. Avec la perspective du Mondial de l'Automobile en octobre, et « au vu des projets en cours », Hopscotch se dit confiant sur un second semestre porteur et une année 2026 « satisfaisante au final ». En parallèle, il annonce poursuivre l'optimisation de ses charges de production et de structure pour améliorer sa marge bénéficiaire — une manière prudente de rappeler que la reprise attendue ne suffira pas seule.

Les résultats du premier semestre seront publiés le 30 septembre. C'est à ce moment-là, et pas avant, qu'on saura ce que le recul de marge a coûté en rentabilité.

L'IA comme pari de différenciation

Le communiqué insiste sur un autre point : Sublime, présenté comme l'agence 100 % IA du groupe, qui « rencontre d'ores et déjà de beaux succès commerciaux ». Le studio a été officialisé en décembre 2025 par heaven, l'agence créative digitale du groupe, après deux années de R&D. Il rassemble une équipe pluridisciplinaire de plus de quinze personnes — directeurs artistiques, développeurs, ingénieurs IA, consultants — chargée de concevoir des dispositifs créatifs AI-first, de produire des contenus génératifs et d'accompagner l'intégration stratégique de l'IA chez les annonceurs. Motorola et Saint-Gobain figurent parmi les premiers clients, pour deux projets récompensés par une quinzaine de prix.

Le calcul est lisible : dans un métier où la marge brute est sous pression, l'IA sert autant à produire plus vite qu'à justifier une valeur créative que le temps passé ne mesure plus.

Ce que ce semestre dit du marché

Trois enseignements dépassent le cas Hopscotch.

  • Le chiffre d'affaires n'est pas l'indicateur pertinent. Sur ce semestre, il masque un recul de marge quatre fois plus marqué. Pour comparer des agences, la marge brute reste la seule base sérieuse.
  • La diversification géographique n'est pas une assurance. Elle répartit le risque, elle ne le supprime pas — et elle importe désormais des risques politiques que personne ne pilote depuis Paris.
  • Le marché français tient. Stable, soutenu par l'événementiel, il continue de faire office de socle. C'est un signal utile pour tous les indépendants qui n'ont pas d'international à compenser.

Reste un point que le groupe assume : la reprise dans le Golfe est présentée comme certaine, pas comme hypothétique. Le second semestre dira si ce pari était de la lucidité ou de la patience.

Sources