CoSpirit, l'indépendante qui joue dans la cour des réseaux
Six prix en janvier, troisième du new business français et 100 % de rétention : comment l'indépendante CoSpirit s'est installée au niveau des réseaux.
L'indépendance, dans le média français, se raconte souvent comme un choix par défaut : trop petit pour le réseau, trop agile pour s'en encombrer. CoSpirit raconte autre chose. Le 26 janvier 2026, au Lido, la cérémonie du Prix Agence Média de l'Année organisée par The Media Leader s'est terminée avec six trophées pour la même agence, dont celui d'Agence Média Indépendante 2026. Ce n'était pas la consolation des indépendants : c'était la meilleure moisson de la soirée.
Troisième du marché, première hors réseaux
Le classement qui compte vient de plus loin. Le baromètre New Business de COMvergence, sur les neuf premiers mois de 2025, a passé au crible 148 compétitions représentant un milliard de dollars de budgets. Havas Media domine avec 208 M$ nets, Zenith (Publicis Media) suit avec 77 M$. En troisième position : CoSpirit Media, 70 M$ de gains retentions comprises, 56,1 M$ nets.
Le détail est plus parlant que le rang. Quinze nouveaux clients, quatorze reconductions, soit un taux de rétention de 100 %. Sur la même période, Publicis Media affiche 27 nouveaux clients mais 298 M$ de pertes et un taux de rétention de 5 %. Deux modèles s'opposent : l'un brasse des budgets à grande vitesse, l'autre en perd très peu. Dans un marché où les annonceurs renégocient plus qu'ils ne pitchent, la seconde stratégie coûte nettement moins cher à opérer.
Le local comme spécialité, pas comme repli
La position de CoSpirit tient à un choix ancien : la communication des réseaux d'enseignes, le drive-to-store, la performance locale. Un terrain que les réseaux internationaux traitent rarement comme un métier à part entière, alors qu'il en est un — piloter plusieurs centaines de points de vente avec des plans différenciés relève de l'industriel, pas de l'exécution.
Les gains récents dessinent ce périmètre. En décembre 2025, Animalis lui a confié sa stratégie média à l'issue d'un appel d'offres accompagné par VTScan, avec le déploiement des campagnes nationales, le renforcement des activations locales et l'accompagnement du plan d'ouvertures de magasins. But et Conforama lui ont confié le pilotage de leur stratégie média nationale au terme d'une consultation orchestrée par Ebiquity. S'y ajoutent l'Établissement français du sang, l'achat média digital de la Métropole de Lyon, le budget France de PortAventura World, ou encore la marque Foxy, remportée en juin 2026 via Local Planet, le réseau international d'agences indépendantes.
Ce dernier point mérite d'être noté : faute de réseau propre, l'agence passe par une alliance pour capter les budgets internationaux. C'est la limite structurelle du modèle, et sa réponse la plus économique.
Une taille qui autorise un discours
Ce qui distingue CoSpirit de beaucoup d'indépendantes, c'est qu'elle assume un positionnement politique. En mars 2025, pour ses 30 ans, l'agence réunissait 200 clients, partenaires et collaborateurs lors d'une journée « Bonjour Demain » et s'y déclarait « agence média militante ». Une posture qui reste du discours tant qu'elle ne pèse rien — sauf que le poids existe. « À notre échelle, avec un volume proche du milliard, cela commence à produire un impact réel », expliquait Florian Grill, président de CoSpirit Groupe, après la cérémonie. Son directeur général Éric Boyer y voyait surtout « une confirmation » obtenue « dans un contexte difficile ».
Le groupe continue par ailleurs de croître par acquisition, avec une implantation dans le Nord via le rachat d'Approche Média et de sa filiale Amazing Médias.
Ce que ça change pour le marché
COMvergence le formule sans détour : la montée des indépendantes n'est plus anecdotique, elle est devenue « une composante structurante du marché français », notamment dans le retail, la tech et les collectivités. Biggie, Heroiks, Line-Up Media ou Lift progressent sur le même mouvement.
L'argument de vente a changé. Il ne s'agit plus d'être moins cher ou plus souple que le réseau, mais d'être meilleur sur un terrain précis et de garder ses clients. Reste la question que le new business ne tranche pas : la rentabilité. Gagner beaucoup de budgets locaux, à commissions serrées, ne dit rien de la marge. C'est le prochain chapitre à surveiller pour l'ensemble des agences média indépendantes.
Sources
- CoSpirit remporte le prix « Agence Média Indépendante 2026 » — The Media Leader FR
- COMvergence New Business 2025 : Havas creuse l'écart, CoSpirit brille — The Media Leader FR
- Animalis confie sa stratégie media à CoSpirit — The Media Leader FR
- CoSpirit Groupe acquiert Approche Media et sa filiale Amazing Médias — CB News