L'Annuaire
Focus·7 août 2026·4 min de lecture

HighCo, l'indépendant qui a troqué la pub pour le rayon

Marge brute S1 2026 en hausse de 26,7 % publiée mais de 2,7 % à périmètre comparable : ce que le modèle retail de HighCo dit du marché des agences.

HighCo, l'indépendant qui a troqué la pub pour le rayon

Deux chiffres, un seul semestre. Au premier semestre 2026, HighCo affiche une marge brute de 39,21 M€, en hausse de 26,7 % à données publiées — et de 2,7 % seulement à périmètre comparable. L'écart n'est pas un détail comptable : c'est la description exacte du modèle de croissance d'un groupe qui a méthodiquement déplacé son centre de gravité de la publicité vers le commerce.

Trois pôles, un seul mot

Le groupe aixois, coté sur le compartiment C d'Euronext Paris et éligible au dispositif PEA-PME, organise aujourd'hui son activité en trois pôles dont les intitulés disent tout : Retail Activation (65,2 % de la marge brute publiée au S1), Retail Agencies (19,5 %) et Retail Media (15,3 %). Le mot « agence » n'y apparaît plus qu'une fois, et pour désigner le plus petit contributeur en volume après le retail media.

Le cœur du réacteur, c'est la promotion : émission et traitement de coupons dématérialisés, pilotage des offres. HighCo cite explicitement deux solutions comme moteurs du trimestre, HighCo Nifty (coupons sur mobile) et HighCo Merely (plateforme SaaS de pilotage des offres promotionnelles). On est loin de la campagne de marque : on est dans la plomberie du rayon, facturée au volume traité.

Une croissance largement achetée

L'essentiel de la progression publiée vient d'un rachat. En juin 2025, HighCo est entré en négociations exclusives avec SMP, filiale du groupe La Poste, pour reprendre les activités promotionnelles de Sogec et l'activité retail media de BudgetBox. L'opération a été finalisée le 30 septembre 2025, avec une consolidation des comptes au 1er octobre. En 2024, les marges brutes concernées s'élevaient respectivement à 10,1 M€ (Sogec, 90 collaborateurs) et 6,7 M€ (BudgetBox, 65 collaborateurs) — près de 17 M€ ajoutés d'un coup à un groupe qui publiait 66,65 M€ de marge brute sur l'exercice 2025.

L'effet est mécanique et assumé : le groupe vise plus de 78 M€ de marge brute en 2026, soit une progression supérieure à 17 % à données publiées. La croissance organique, elle, s'établit à 2,7 % sur le semestre, portée par la France (+6,1 % à périmètre comparable) et pénalisée par un international en repli de 20 %, dont une Belgique à -22,4 % au deuxième trimestre. La France représente désormais 91,7 % de la marge brute publiée. L'international, chez HighCo, n'est plus un relais de croissance : c'est un résidu.

Ce que coûte l'intégration

L'autre face de la consolidation est sociale. Le plan de sauvegarde de l'emploi relatif à la restructuration des activités de Sogec a été homologué et porte sur 64 collaborateurs ; les coûts correspondants sont provisionnés dès le 30 juin 2026 et pèseront sur le résultat opérationnel semestriel. Le groupe maintient malgré tout ses guidances et anticipe un résultat des activités ordinaires ajusté en hausse, avec une marge opérationnelle ajustée légèrement supérieure à 16 % sur le semestre.

Autrement dit : on achète du volume, on retire des coûts, on tient la marge. C'est une logique industrielle plus qu'une logique d'agence — et c'est précisément ce qui distingue HighCo de la plupart des acteurs référencés dans notre annuaire des agences média.

Le retail media, moteur et dépendance

Le pôle le plus spectaculaire est aussi le plus délicat à lire. Le Retail Media progresse de 137,7 % au S1 à données publiées — mais de 7,8 % seulement hors BudgetBox. Le communiqué attribue cette hausse, « attendue », aux activités liées à Casino. Un moteur de croissance adossé à une enseigne identifiée est un moteur puissant ; c'est aussi une concentration de risque que les prochains exercices arbitreront.

Le rendez-vous est fixé : les résultats semestriels complets seront publiés le 9 septembre 2026, avec les précisions promises sur l'intégration de Sogec.

Ce que ce cas raconte du marché

HighCo n'est pas un cas isolé, c'est un cas avancé. Pendant que le secteur débat de son modèle de rémunération et de la valeur du temps passé, un indépendant français de plus de 500 collaborateurs a bâti sa trajectoire sur des revenus liés au volume traité, à la donnée d'achat et à l'inventaire des enseignes. Ce n'est pas la fin du métier d'agence : c'est le déplacement de la valeur vers l'endroit où la transaction se conclut.

Pour les indépendants qui cherchent une voie hors du modèle des grands réseaux, l'exemple est instructif — à condition d'en accepter les deux termes : une croissance qui se finance par acquisitions, et une intégration qui se paie en restructurations.

Sources