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Focus·8 août 2026·4 min de lecture

Biggie, l'indépendant qui se construit à coups de rachats

Né d'une fusion financée par un fonds, Biggie a absorbé trois agences en quatre ans et unifié ses marques. Une indépendance qui fonctionne comme un réseau.

Biggie, l'indépendant qui se construit à coups de rachats

Dans le vocabulaire des agences françaises, « indépendant » sert à tout : il désigne aussi bien une structure de quinze personnes détenue par ses fondateurs qu'un groupe de plusieurs centaines de salariés adossé à un fonds d'investissement. Biggie appartient à la seconde catégorie, et son parcours des quatre dernières années éclaire assez bien ce que recouvre le mot aujourd'hui.

Une fusion financée par un LBO

Biggie Group naît en 2022 du rapprochement de Gamned!, spécialiste de l'achat média digital fondé en 2009 par Anthony Spinasse et Olivier Goulon, et de Repeat, côté conseil et média. L'opération est un LBO structuré par HLD, le groupe d'investissement de Jean-Bernard Lafonta, qui figure toujours Biggie Group parmi ses participations. Autrement dit : un capital privé, français, mais qui n'est pas celui des fondateurs seuls.

Cette architecture n'a rien d'anecdotique. Elle donne au groupe une capacité d'acquisition que la plupart des indépendantes n'ont pas, et elle impose en retour une trajectoire de croissance. Les deux se tiennent.

Trois marques, une seule enseigne

En juin 2024, Biggie Group rapproche trois de ses entités — Gamned!, Repeat et l'agence média et cabinet de conseil 3qtz, tout juste racheté — pour créer une agence unique baptisée Biggie. Les fondateurs de 3qtz, Corinne Seguin, Erwan Lohezic et Matthieu Belloi, rejoignent le groupe à cette occasion.

La promesse tient en une formule reprise par Anne-Sophie Cruque, alors présidente de Biggie France : « une clé d'entrée unique pour les clients », l'interlocuteur coordonnant stratégie, média, data, création et influence sans « frontières historiques ». C'est mot pour mot l'argument que servent les grands réseaux depuis dix ans pour justifier leurs propres fusions internes. La différence revendiquée tient à la taille et à la rapidité de décision, pas à la nature du modèle.

En mai 2026, l'agence a dévoilé une nouvelle identité visuelle et un site entièrement refondu, présenté comme le prolongement de cette transformation. Une opération de marque qui achève, symboliquement, le passage de plusieurs enseignes historiques à une seule.

Le va-et-vient des dirigeants

Le recrutement d'Anne-Sophie Cruque en janvier 2024, après treize ans chez Publicis Media dont un passage comme COO de Publicis Media France, avait valeur de signal : un indépendant capable d'attirer un profil de réseau. Le mouvement inverse s'est produit deux ans plus tard. Le 13 janvier 2026, elle est nommée directrice générale d'Omnicom Media France, aux côtés des co-CEO Benjamin Grumbach et Franck Farrugia, au moment où Omnicom finalise l'absorption d'Interpublic.

Ce va-et-vient dit quelque chose du marché : les indépendants recrutent chez les réseaux, et les réseaux reprennent leurs talents quand une recomposition leur ouvre des postes. Pour un annonceur en compétition, cela signifie qu'un choix d'agence fondé sur un dirigeant vaut rarement plus de deux ou trois ans.

Ce que voit le client

Côté commercial, la mécanique produit des résultats visibles. Début 2026, Belambra a confié à Biggie France sa stratégie média, avec un dispositif centré sur les réseaux sociaux et les plateformes vidéo, assorti d'un Marketing Mix Modeling pour arbitrer les allocations budgétaires. En février 2026, le groupe Havea a élargi le mandat de l'agence sur ses marques Vitavea, ajoutant le pilotage online à une collaboration offline vieille de plus de dix ans.

Deux signaux différents : une conquête, et une extension de périmètre sur un compte historique. Le second est souvent le meilleur indicateur de santé d'une agence média — il se gagne sur la durée, pas sur un pitch.

L'indépendance comme positionnement

Reste la question que pose ce type de trajectoire à tout annonceur qui compare des agences : que vaut l'étiquette « indépendant » quand la structure est adossée à un fonds, croît par acquisitions et unifie ses marques comme le ferait un réseau ? La réponse honnête est qu'elle renseigne sur l'actionnariat, pas sur le fonctionnement. Les bonnes questions à poser en compétition portent sur la stabilité de l'équipe affectée au compte, la transparence des conditions d'achat et la liberté de recommandation — trois points sur lesquels le statut capitalistique ne préjuge de rien.

Voir les agences référencées en conseil et achat média et en digital dans notre annuaire.

Sources