WPP : premier semestre en recul, la Bourse applaudit
CA en repli de 4,7 %, action en hausse de 29 % : le premier semestre de WPP sous Cindy Rose raconte un géant qui se stabilise sans encore croître.
Jeudi 6 août, WPP a publié les résultats de son premier semestre 2026, les premiers entièrement pilotés par Cindy Rose, la dirigeante venue de Microsoft qui a succédé à Mark Read en septembre 2025. Sur le papier, rien à célébrer : activité en repli, profits en baisse, effets persistants des pertes de comptes de l'an dernier. La Bourse a pourtant applaudi, l'action s'adjugeant jusqu'à 29 % en séance. Le paradoxe n'est qu'apparent : le marché n'attendait pas de bonnes nouvelles, il attendait des signes de stabilisation. Il les a eus.
Un recul moins sévère que redouté
Le chiffre d'affaires net (hors coûts refacturés) s'établit à 4,75 milliards de livres, en repli de 4,7 % en organique, quand les analystes redoutaient une chute de l'ordre de 6,5 %. Surtout, la trajectoire s'améliore d'un trimestre à l'autre : après un début d'année difficile, le deuxième trimestre limite la baisse à 2,8 %. Le résultat opérationnel ajusté recule de 2,7 % à 398 millions de livres, soit une marge de 8,4 %, soutenue par la baisse des coûts de personnel et des indemnités de départ. Le profit avant impôt ajusté cède 7,7 %, à 277 millions.
Par métier, le tableau est contrasté : WPP Media, l'ex-GroupM rebaptisé, recule de 5,4 % sur le semestre, les agences créatives de 4,9 %, tandis que la production progresse de 1,6 %. L'achat média, cœur du réacteur, montre néanmoins des signes de redressement sur les derniers mois — un point que la direction a pris soin de souligner.
Les pertes de comptes pèsent encore
Le semestre porte les stigmates des défaites commerciales de l'an dernier : les 25 premiers clients du groupe affichent un chiffre d'affaires en baisse de 6,3 % sur six mois, avec là aussi une amélioration au deuxième trimestre (-3,2 %). La direction l'assume : cette performance reflète les budgets perdus en 2025, pas une nouvelle hémorragie. Cindy Rose se dit « encouragée » par un semestre « conforme aux attentes » et affirme mettre en place un système d'alerte précoce destiné à détecter les comptes fragiles avant qu'ils ne basculent chez la concurrence — une réponse directe au cycle de pertes qui a plombé l'exercice précédent.
Un groupe qui se rétrécit pour se soigner
La cure passe aussi par le périmètre. Quinze actifs jugés non stratégiques ont été cédés au premier semestre, et d'autres cessions sont à l'étude, dont la participation de 40 % conservée dans Kantar, l'institut d'études dont le contrôle avait été vendu à Bain Capital en 2019. La feuille de route est assumée : 2026 sert à stabiliser l'activité et achever les restructurations ; le retour à la croissance est promis « courant 2027 ». D'ici là, la marge est défendue par les économies plus que par le chiffre d'affaires.
Vu de France
Pour les agences françaises du groupe — Ogilvy et VML côté création, Mindshare, Wavemaker et EssenceMediacom sous la bannière WPP Media côté média — la publication vaut sursis plutôt que soulagement. La concurrence, elle, n'attend pas : le nouvel ensemble Omnicom-IPG a pris la place de numéro un mondial, Publicis sort d'années de surperformance, et WPP, désormais troisième, doit défendre ses positions dans les compétitions, à Paris comme ailleurs. Un WPP convalescent mais stabilisé reste toutefois une meilleure nouvelle pour l'équilibre du marché qu'un WPP en chute libre : les annonceurs ont besoin d'alternatives crédibles dans leurs appels d'offres.
Reste le plus difficile : transformer une baisse « moins pire que prévu » en croissance réelle. Le rendez-vous est pris, quelque part en 2027.