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Focus·12 septembre 2026·6 min de lecture

RATP : Metrobus garde le métro, Cityz Media déboutée

Le 11 septembre, le tribunal administratif de Paris a rejeté le référé de Cityz Media et Altarea. Metrobus garde la régie du métro : 1,8 à 2 Md€ sur douze ans.

RATP : Metrobus garde le métro, Cityz Media déboutée

Le 11 septembre, le tribunal administratif de Paris a rejeté le référé précontractuel déposé par Cityz Media et Altarea contre l'attribution à Metrobus de la régie publicitaire du métro, du RER et du tramway parisiens. La décision rend l'attribution définitive, sous réserve d'un examen encore en cours à Bruxelles. Derrière la procédure, c'est l'un des plus gros contrats de l'affichage français qui se joue : entre 1,8 et 2 milliards d'euros de recettes sur douze ans, et une rivalité entre deux régies qui se disputent désormais chaque appel d'offres de transport.

Un contrat hors norme

La convention actuelle expire le 31 décembre 2026. Celle qui prend le relais au 1er janvier 2027 porte sur plus de 38 000 faces publicitaires : 22 000 aux entrées, sur les quais et dans les couloirs des stations, 16 000 à l'intérieur des rames. Selon The Media Leader, la redevance reversée à la RATP est estimée au minimum à 70 % des revenus : l'exploitant public capte l'essentiel de la valeur, la régie se rémunère sur le reste.

Quatre candidats s'étaient déclarés. Giraudy a renoncé, Phénix n'a pas été retenu, et la finale s'est jouée entre Metrobus, régie historique du réseau depuis 1949 détenue à 67 % par Publicis et à 33 % par JCDecaux, et un groupement baptisé Alta Penthièvre associant Cityz Media, l'ex-Clear Channel France dirigée par Didier Quillot, et le promoteur immobilier Altarea. Début août, Les Echos révélaient que Metrobus l'avait emporté ; mind Media rappelait alors qu'un délai légal de onze jours devait s'écouler avant confirmation. Fin août, le groupement déposait son recours, ce qui suspendait la signature jusqu'au jugement.

Ce que contestaient Cityz Media et Altarea

Deux moyens étaient soulevés. Le premier portait sur le règlement européen relatif aux subventions étrangères (FSR) : les requérants reprochaient à la RATP de ne pas avoir exigé des candidats, dans son avis de concession, la déclaration prévue par ce texte. La RATP et Metrobus ont répondu que la question relevait de la compétence exclusive de la Commission européenne, saisie le 1er septembre, et que l'irrégularité alléguée n'entraînait pas automatiquement celle de l'offre. Le second moyen visait l'obligation faite aux candidats de reprendre les salariés de Metrobus affectés au contrat, 145 personnes représentant environ 72 millions d'euros de masse salariale sur douze ans d'après The Media Leader, une contrainte qui aurait, selon les requérants, « faussé l'élaboration des offres ». Les avocats ont été entendus le 7 septembre ; le tribunal a tranché quatre jours plus tard, sans que les motifs détaillés de sa décision aient été publiés à ce stade.

Ce n'est pas la première fois que Cityz Media conteste une attribution devant le juge. À Montpellier, la régie avait été déboutée d'un recours comparable contre le choix de TaM pour la publicité dans les bus et les trams, et condamnée à 2 000 euros de frais. Deux recours, deux revers : la voie contentieuse a ses limites, car le juge du référé précontractuel contrôle la procédure, pas l'opportunité du choix.

Une rivalité qui redessine le transport

Le duel n'est pas anecdotique. En octobre 2025, Cityz Media avait remporté l'exploitation publicitaire de 3 500 bus de RATP Cap Île-de-France, soit 13 800 faces, mettant fin selon Didier Quillot à « 76 ans de monopole publicitaire de Metrobus » sur les bus parisiens. Avec les 2 800 bus de banlieue qu'elle exploitait déjà, la régie revendiquait plus de 6 300 véhicules fin 2026 et une part de marché de 84 % sur la publicité bus à Paris. Elle a bâti pour cela un atelier de collage à Nanterre d'une cinquantaine de salariés. Metrobus, de son côté, a sécurisé le Grand Paris Express, 45 gares sur douze ans, et les métros de Toulouse. Le partage de l'Île-de-France est donc désormais net : les bus à Cityz Media, le souterrain à Metrobus.

Pour les actionnaires de Metrobus, l'enjeu dépassait le seul contrat. Publicis y consolide un actif régie qui pèse dans ses comptes français, et JCDecaux, qui vient de recevoir le 9 septembre le Grand Prix des Régies 2026 de CB News, garde une position dans un inventaire souterrain qu'il ne possède pas en propre. Pour Altarea, qui s'était allié à Cityz Media pour renforcer sa candidature, l'échec ferme pour douze ans l'accès à l'inventaire le plus dense de l'affichage français, au moment où l'affichage se vend de plus en plus en programmatique.

Ce que ça change pour les agences

Pour une agence média qui achète de l'affichage à Paris, la décision fixe le paysage jusqu'en 2038 : Metrobus reste l'interlocuteur unique du métro, du RER et du tramway, avec une redevance élevée à reverser. Ce point n'est pas neutre pour les tarifs : une concession qui reverse au minimum 70 % de ses revenus laisse peu de marge de négociation à la régie, et les remises se gagneront sur les volumes plutôt que sur le rapport de force.

Deuxième conséquence, le bus et le métro ne se vendent plus par le même guichet. Une campagne transport à Paris se construit désormais avec deux régies concurrentes, chacune revendiquant ses audiences et ses formats. C'est une complexité de plus pour les acheteurs, mais aussi un levier : la concurrence entre Cityz Media et Metrobus sur les mêmes annonceurs devrait animer les offres couplées et les innovations de format, comme elle l'a fait dans le mobile lorsque Orange et SFR ont fait régie commune face aux plateformes.

Reste l'inconnue européenne. L'examen de la Commission au titre du règlement FSR conditionne toujours la signature définitive du contrat. Rien n'indique qu'il aboutira à une remise en cause, mais tant qu'il n'est pas clos, la RATP ne signe pas, et le calendrier de bascule au 1er janvier 2027 se resserre.

En résumé

Metrobus conserve le métro parisien pour douze ans, Cityz Media garde les bus, et le tribunal administratif a refusé de rouvrir la compétition. La bataille de l'affichage transport en Île-de-France se jouera désormais sur les plans médias, régie contre régie, plutôt que devant le juge. Pour comparer les agences média qui maîtrisent l'achat d'affichage et de transport, notre annuaire des agences référence les spécialistes du secteur, ville par ville.

Sources