Ceetadel, l'indépendant lyonnais qui vise 100 millions en 2030
Portrait de Ceetadel, groupe de communication et marketing indépendant lyonnais : croissance externe en série, rachat d'Entourage et cap sur 100 M€ en 2030.
Loin de la place parisienne où se jouent les grands mouvements de la communication, un groupe lyonnais avance ses pions à marche forcée. Ceetadel, présidé par Julien Monet, vient de prendre une participation majoritaire dans une agence parisienne d'affaires publiques et affiche une ambition assumée : peser 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2030. De quoi faire de cet indépendant régional l'un des consolidateurs français de la communication.
D'une agence familiale à une holding
L'histoire commence par un sauvetage. En 2009, Julien Monet reprend l'agence de relations presse lyonnaise fondée par sa mère, alors en difficulté, et la réoriente vers le digital, les relations presse et l'influence — au moment où émergent Facebook et les blogueurs. Élue « meilleure agence de l'année » en 2020, l'agence Monet compte alors une centaine de collaborateurs. Pour changer d'échelle, l'entrepreneur ouvre son capital à un investisseur régional en 2023 et crée la holding Ceetadel, décrite comme « l'endroit où se rassemblent les forces de la cité ».
La croissance externe comme méthode
Depuis, Ceetadel enchaîne les acquisitions — jusqu'à « quatre en six mois », selon son fondateur —, avec une prédilection pour la tech et la donnée. Dès juin 2023, le groupe lance SocIAty, sa structure de conseil en intelligence artificielle, d'abord pour ses propres besoins avant d'en faire une offre commerciale. En janvier 2025, il met la main sur le spécialiste de la data Data Vibes. Et 2026 ne déroge pas à la règle : début juin, Ceetadel a pris une participation majoritaire dans Entourage Strategic Communications, cabinet parisien de communication stratégique et d'affaires publiques fondé par Fabien Contino.
L'opération est révélatrice de la stratégie. Entourage — huit personnes, un peu plus d'un million d'euros de marge brute — apporte des expertises en affaires publiques, gestion de crise et « CEO positioning ». Son fondateur en conserve la direction générale et une part significative du capital, tandis que les deux structures avaient déjà collaboré sur des budgets communs comme Oatly, Orpi ou Biocodex. Une logique d'intégration plus que d'absorption.
Marketing, data et IA sous un même toit
Ceetadel fédère aujourd'hui huit entités complémentaires — Monet, Nouveau Monde, AllMatik, Smartfire, Conversationnel, SocIAty, Data Vibes et Entourage —, soit environ 240 collaborateurs. Le groupe revendique près de 300 clients, parmi lesquels il cite Nestlé, Visa, Volotea ou Desjoyaux. Côté finances, il affiche une marge brute de 22 millions d'euros en 2025 et vise 40 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2026, en croissance organique de 21 %.
La feuille de route de Julien Monet, par ailleurs candidat au prix EY de l'Entrepreneur de l'année en Auvergne-Rhône-Alpes, tient en une phrase : « accélérer dans la tech pour devenir un champion du marketing et de la tech ». Objectif chiffré : 100 millions d'euros de revenus et 60 millions de marge brute à l'horizon 2030, avec une nouvelle opération dans la data déjà annoncée.
Un pari qui dit quelque chose du marché
Le cas Ceetadel illustre une dynamique plus large : celle d'indépendants qui, plutôt que de se vendre aux réseaux mondiaux, choisissent de grossir eux-mêmes par croissance externe, en agrégeant conseil, création, média, influence, relations presse, social, data et IA. Le pari suppose d'absorber sans diluer les cultures, et de transformer un empilement de marques en offre lisible pour l'annonceur. À distance de Paris, la trajectoire d'un groupe passé d'une agence familiale à un ensemble de 240 personnes en quelques années rappelle au moins une chose : la consolidation ne se joue pas qu'au sommet des holdings.
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