WPP Media France, un an après : le new business avant la croissance
Un an après la fin de GroupM, WPP Media affiche encore -2,8 % au T2 mais domine le new business. Ce que révèle l'entretien d'Alexandra Chabanne à Stratégies.
Il y a un peu plus d'un an, WPP rayait GroupM de la carte et rangeait Mindshare, Wavemaker et EssenceMediacom sous une seule enseigne, WPP Media. Nous avions décrypté cette bascule au printemps. Le 3 septembre, Alexandra Chabanne, PDG de WPP Media France et directrice générale de WPP France, dresse dans Stratégies le premier bilan de cette année de transformation. Le tableau est contrasté : les revenus reculent encore, mais le carnet de commandes se remplit. Pour un groupe qui a longtemps perdu des budgets à chaque trimestre, l'ordre des deux nouvelles compte.
Des chiffres qui remontent, sans être encore positifs
Les résultats semestriels publiés cet été fixent le cadre. Sur six mois, le chiffre d'affaires de WPP atteint 6,37 milliards de livres, en retrait de 4,4 %, et le revenu hors coûts refacturés recule de 4,7 % en organique. La division médias fait moins bien que le groupe sur le semestre (-5,4 %), mais c'est la trajectoire que met en avant Alexandra Chabanne : de -8,3 % au premier trimestre, WPP Media est revenue à -2,8 % au deuxième, et le groupe dans son ensemble est passé de -6,7 % à -2,8 %. WPP promet « une amélioration progressive » au second semestre, sans pour autant annoncer de retour à la croissance, et maintient son objectif de marge annuelle entre 12 et 13 %.
En France, la dirigeante avance d'autres indicateurs. Le campus parisien rassemble 2 000 collaborateurs, dont un millier côté médias, et Paris fonctionne désormais comme hub international : plus de 200 personnes y travaillent pour des clients hors France et pèsent un tiers du chiffre d'affaires français. Les postes ouverts sont pourvus à 60 % en interne, et 75 % des salariés disent recommander l'entreprise, selon une enquête de satisfaction passée d'un rythme semestriel à trimestriel. Ce sont des chiffres de direction des ressources humaines autant que de direction générale, et ce n'est pas un hasard : la fusion des marques a d'abord été un chantier social.
Le new business comme preuve
L'argument central de l'entretien tient en un classement. Au premier trimestre 2026, COMvergence plaçait WPP Media en tête des gains mondiaux, avec 1,5 milliard de dollars de nouveaux budgets, devant Omnicom (1 milliard) et Publicis, alors même que le groupe encaissait sur la même période 819 millions de dollars de pertes. Jaguar Land Rover, Henkel et Heineken figurent parmi les comptes gagnés ; JP Morgan classait WPP numéro un du new business au deuxième trimestre, tous secteurs confondus.
En France, Alexandra Chabanne cite la reconduction d'Axa, de TotalEnergies et de Lacoste, des discussions en cours avec Richemont, et des mandats locaux comme BNP Paribas Asset Management, Thiriet ou Shine. D'après COMvergence, WPP Media France serait numéro deux du marché et première en dynamique de conquête. Le message est cohérent avec ce que nous observions fin août : la vague de pitchs annoncée n'a pas eu lieu, et les groupes gagnent surtout en retenant leurs clients. Reste une nuance que l'entretien n'efface pas : gagner des comptes ne suffit pas à compenser ceux qui partent, et l'écart entre un classement de new business et une croissance organique se mesure précisément là.
Une offre reconstruite autour de quatre blocs
La réorganisation ne s'est pas arrêtée aux agences médias. WPP France s'articule aujourd'hui en quatre ensembles : WPP Media, pilotée par Alexandra Chabanne ; WPP Creative, confiée à Vincent Druguet, qui regroupe VML, Ogilvy, Burson et Landor ; WPP Production, dirigée par Anne-Servane Lasserre ; et WPP Enterprise Solutions, également sous la responsabilité de Vincent Druguet. « Bien plus intégrée et plus facile à naviguer », résume la dirigeante à propos de l'offre. Côté médias, la France a fait basculer son organisation d'une logique d'achat par support vers une logique d'usage, avec la création d'un pôle One Video qui traite télévision, streaming et vidéo en ligne comme un seul marché — un mouvement parallèle à celui des régies, qui vendent de plus en plus leurs écrans de la même manière.
Deux briques complètent l'édifice. La data, d'abord : WPP a cessé d'utiliser LiveRamp après l'annonce du rachat de la plateforme par Publicis pour 2,2 milliards de dollars, une décision confirmée dès juin par Cindy Rose, directrice générale du groupe, et suivie par Omnicom au nom de la neutralité des données. À la place, WPP s'appuie sur InfoSum, acquis en 2025, et sur sa plateforme Open Intelligence, connectée à plus de 350 partenaires dans le monde et, en France, à TF1, M6, Valiuz, Prisma et Le Figaro. Le gaming, ensuite : WPP Media Gaming, lancé en juillet, promet aux marques une chaîne « de la stratégie à la preuve » sur un terrain que la dirigeante décrit comme 40 millions de joueurs français pour environ 5 % des investissements publicitaires.
L'IA, sans la promesse de la campagne en une heure
Sur l'intelligence artificielle, le discours tranche avec l'emphase habituelle des groupes. WPP dit avoir investi 100 millions d'euros dans la formation de ses équipes et compte 90 % des effectifs français connectés à WPP Open, sa plateforme agentique. Mais Alexandra Chabanne refuse l'idée de campagnes déployées en une heure : « La réalité est que l'IA permet à nos équipes de se concentrer sur l'essentiel. » On lit dans cette prudence le souvenir d'un an de restructuration : difficile de vendre l'automatisation aux clients tout en expliquant aux équipes qu'elles ne seront pas remplacées. Le groupe assume aussi ses fragilités, comme la transition managériale en cours chez Ogilvy France après le départ de Mathieu Plassard, ou une politique d'acquisitions tenue en veille faute de « reins solides » suffisants pour tout embrasser.
En résumé
Un an après GroupM, WPP Media France n'a pas encore retrouvé la croissance, mais elle a retrouvé un récit : une offre lisible, un new business qui repart, une pile data indépendante de son principal concurrent. Pour les annonceurs, c'est un signal utile au moment où PepsiCo vient de rappeler que les grands budgets se déplacent désormais sans appel d'offres : les groupes qui perdent des comptes ne sont pas forcément ceux qui perdent la partie. Pour comparer les grands réseaux, les agences média indépendantes et les spécialistes de la vidéo ou de la data, notre annuaire des agences référence les acteurs du marché français, ville par ville.
Sources
- Alexandra Chabanne : « WPP a rendu son offre plus intégrée et plus facile à naviguer pour les marques » — Stratégies, 3 septembre 2026
- WPP : le CA en recul de 4,4 % au 1er semestre, à 6,37 milliards de livres — CB News, 9 août 2026
- WPP Media en tête des gains de nouveaux budgets au premier trimestre 2026 — The Media Leader FR, 25 mai 2026
- Lancement de WPP Media Gaming pour faire du jeu vidéo un levier de croissance — The Media Leader FR, 6 juillet 2026
- WPP to pull out of LiveRamp following Publicis takeover move — Campaign, 24 juin 2026