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Décryptage·26 octobre 2026·9 min de lecture

PLF 2027 : les députés rendent 60 millions aux médias, pour l'instant

En commission, les députés ont rendu 46,8 M€ à l'audiovisuel public, 16,3 M€ à la presse et 600 000 € au DAB+. Ce que le budget 2027 dit aux acheteurs média.

Par la rédaction d'adgencia

PLF 2027 : les députés rendent 60 millions aux médias, pour l'instant

Un budget se lit deux fois : dans le texte que dépose le gouvernement, puis dans les amendements que les députés y greffent. Pour les médias, la deuxième lecture a commencé. Entre le 20 et le 22 octobre, les commissions des finances et des affaires culturelles de l'Assemblée nationale ont examiné les crédits 2027 de l'audiovisuel public, de la presse et de la radio, et CB News en a publié ce lundi 26 octobre le relevé détaillé en quatre volets. Le résultat tient en une ligne : là où le projet de loi de finances retirait 47 millions d'euros à l'audiovisuel public et laissait la presse à l'euro près, les commissions ont voté un peu plus de 60 millions de rallonges, toutes gagées, toutes provisoires. Pour les agences média, ce n'est pas un débat parlementaire de plus : c'est le niveau de ressources des éditeurs qu'elles achètent en 2027 qui se décide.

Audiovisuel public : moins 47 millions, puis presque autant de retour

Le point de départ figure dans le projet annuel de performances du compte « Avances à l'audiovisuel public », déposé le 1er octobre : « Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit des concours publics aux sociétés du secteur de l'audiovisuel public à hauteur de 3,82 Md€. Ce montant représente une baisse de -47 M€ par rapport à la LFI pour 2026 ». France Télévisions porte l'essentiel de l'effort, avec une dotation de 2 378,7 millions d'euros, « en retrait de -46,9 M€ » sur 2026. Radio France perd environ 2,4 millions, l'INA un peu plus de 500 000 euros, Arte et TV5 Monde sont reconduits, France Médias Monde gagne 3,1 millions. La Scam, dès le 5 octobre, parlait d'« une logique purement comptable » et rappelait que France Télévisions et Arte « financent et diffusent près de la moitié de l'ensemble des documentaires aidés par le CNC ».

Les commissions ont pris le contre-pied. Selon CB News, la commission des finances a adopté l'amendement II-CF541 de Denis Masséglia (Ensemble pour la République), rapporteur du budget : 46,8 millions d'euros rendus au secteur, dont 43,8 millions pour France Télévisions, 2,4 millions pour Radio France et 537 826 euros pour l'INA. Le gage, lui, est pris sur Arte France et TV5 Monde, et l'auteur demande au gouvernement de le lever. France Médias Monde obtient de son côté deux amendements de 6 millions chacun sur le programme d'aide au développement, qui couvrent la même enveloppe, plus un amendement de Jean-Louis Roumégas (Écologiste et Social) de 13,9 millions pour revenir à la trajectoire de son contrat d'objectifs et de moyens. En commission des affaires culturelles, Aymeric Caron (LFI), rapporteur pour avis, a fait adopter un « amendement d'appel » qui chiffre à 125,66 millions d'euros le coût d'un simple maintien des dotations 2026 en 2027 avec 1,8 % d'inflation.

Les coupes massives, elles, ont été écartées. Les amendements de Guillaume Kasbarian (Ensemble pour la République) retirant 2,229 milliards à France Télévisions et 545,6 millions à Radio France pour ne conserver qu'une offre d'information de 150 et 100 millions ont été rejetés, comme celui de Jean-Philippe Tanguy (RN) à -100 et -54 millions. Celui qui supprimait toute dotation, soit 3,024 milliards, en vue d'une privatisation, a été déclaré irrecevable au titre de l'article 40. La question du périmètre du service public, posée la semaine dernière dans le débat sur le plafond publicitaire de Radio France, n'est donc pas tranchée par le budget. Elle est seulement repoussée.

Presse et radio : des millions ciblés, un projet de réforme enterré

Sur la mission « Médias, livre et industries culturelles », le projet de loi reconduit le programme « Presse et médias » à 362,3 millions d'euros en crédits de paiement, l'AFP passant de 147,2 à 147,5 millions et les aides au pluralisme restant à 23,2 millions. Les députés ont ajouté 16,3 millions en trois amendements, rapporte CB News : 10 millions pour la distribution de la presse, à l'initiative de Hendrik Davi (Écologiste et Social), qui vise l'aide au portage et veut en ouvrir le bénéfice à France Messagerie et aux dépôts de presse ; 3 millions de Steevy Gustave pour le pluralisme de la presse ultramarine ; 3,3 millions de Denis Masséglia pour le Fonds stratégique pour le développement de la presse, amputé de 6 millions en 2026. Le détail de ce dernier amendement est instructif : la hausse affichée de 3,1 millions du FSDP dans le projet de loi comprend 5 millions d'accompagnement social pour les salariés de plus de 59 ans des imprimeries de quotidiens, ce qui laisse les crédits de développement proprement dits 1,9 million sous leur niveau de 2026.

À l'inverse, les projets de refonte sont tombés. L'amendement de Farida Amrani (LFI) réorganisant les aides autour d'un programme de 260 millions au profit de l'indépendance éditoriale, des médias locaux et des nouveaux entrants a été rejeté ; ceux de Soumya Bourouaha (GDR), dont un fonds de 5 millions contre les « déserts informationnels » et 3 millions pour l'AFP, n'ont pas été soutenus. Côté radio, les députés ont créé un programme « Promotion du DAB+ » doté de 600 000 euros, porté par Mickaël Bouloux et Céline Hervieu (Socialistes et apparentés), pour financer les campagnes collectives de l'association Ensemble pour le DAB+, en radio, en télévision et en affichage. Les radios associatives, dont CB News rappelle que 764 ont touché le FSER en 2025 pour 49 % de leurs ressources en moyenne, n'ont rien obtenu de plus.

Deux amendements intéressent directement les annonceurs. Le premier, adopté le 21 octobre et signalé par Écran total, demande au gouvernement un rapport sur un fonds de soutien aux créateurs de contenus, financé par une taxation des recettes que les plateformes gratuites ne reversent pas ; l'exposé des motifs cite une estimation de l'UMICC selon laquelle les reversements des plateformes ne représentent que 10 à 15 % des revenus des créateurs. Le second, déposé le 17 octobre par Jean-René Cazeneuve et ses collègues, instaure une taxe de 0,5 % sur le chiffre d'affaires des annonceurs investissant au moins un million d'euros en France, dont les dépenses publicitaires numériques dans la presse d'information politique et générale seraient déductibles dans la limite de 15 %. C'est la traduction budgétaire du fléchage publicitaire que nous décrivions en septembre. Au 19 octobre, CB News précisait qu'aucun de ces amendements de première partie n'avait été adopté ; nous n'avons pas trouvé trace de son sort depuis.

Ce que cela change pour les acheteurs

Trois lectures, qui relèvent de notre analyse. La première tient au calendrier : rien de ce qui précède n'est acquis. Les votes de commission ne préjugent pas de la séance, les gages pris sur Arte, TV5 Monde ou le programme « Livre » ne seront levés que si le gouvernement l'accepte, et le texte passera ensuite au Sénat. Les régies qui présentent leurs conditions générales de vente 2027 en novembre négocient donc sans connaître la dotation de leur actionnaire. Pour les agences, cela signifie que les grilles de France Télévisions Publicité et de Radio France Publicité sont construites sur une hypothèse budgétaire, pas sur un chiffre.

La deuxième touche à la structure du marché. Un service public qui perd 47 millions et dont le plafond publicitaire radio vient d'être fixé n'a qu'un levier pour compenser : vendre mieux ce qu'il peut vendre. Les éditeurs privés le savent, et le lobbying des radios contre le plafond de Radio France, comme celui de la presse pour le fléchage publicitaire, vise au fond la même chose : orienter vers eux une part des budgets que les annonceurs confient aux plateformes. La taxe de 0,5 % et le rapport sur les créateurs disent que l'idée d'un prélèvement sur l'achat média lui-même, ou sur les plateformes qui le captent, est désormais sur la table à l'Assemblée. Elle n'est pas votée, mais elle n'est plus marginale.

La troisième est locale. Le DAB+ reçoit 600 000 euros de promotion collective quand ses coûts de diffusion dépasseront 30 millions en 2026 selon l'exposé des motifs de l'amendement, et les radios associatives, qui maillent les territoires où les grands réseaux ne vont pas, restent à leur niveau. Pour une agence qui bâtit un plan à Marseille ou à Nantes, l'offre audio locale de 2027 dépendra moins des audiences que de la capacité des éditeurs à financer leur bascule numérique. Un budget, c'est aussi cela : la liste des supports qui existeront encore dans deux ans.

En résumé

Le projet de loi de finances pour 2027 retire 47 millions d'euros à l'audiovisuel public, dont 46,9 millions à France Télévisions, et reconduit la presse à 362,3 millions. En commission, les députés ont rendu 46,8 millions au secteur public, ajouté 16,3 millions aux aides à la presse et 600 000 euros à la promotion du DAB+, tout en rejetant les coupes de 2,8 milliards comme les projets de refonte des aides. Deux amendements, un rapport sur une taxation des plateformes au profit des créateurs et une taxe de 0,5 % sur les grands annonceurs fléchée vers la presse, placent la publicité elle-même dans le débat budgétaire. Pour trouver les agences qui suivent ces arbitrages et savent arbitrer entre audiovisuel public, éditeurs privés et plateformes, notre annuaire des agences recense les spécialistes du média et du digital à Paris comme en région.

Sources