87seconds : Datawords prend le nom de l'agence qu'il avait rachetée
Le 28 septembre, le groupe Datawords, 27 ans et plus de 1 000 experts, est devenu 87seconds, du nom de son agence vidéo rachetée en 2018. Ce que dit ce choix.
Par la rédaction d'adgencia
Il est rare qu'un groupe efface son propre nom au profit de celui d'une filiale. C'est pourtant ce qu'a fait Datawords le 28 septembre : après vingt-sept ans d'existence, le groupe de Levallois-Perret s'appelle désormais 87seconds, du nom de l'agence de création vidéo qu'il avait rachetée en 2018, ont rapporté The Media Leader, CB News puis Stratégies. L'agence historique, elle, garde son nom et devient l'une des six marques d'un ensemble réorganisé en trois pôles. Derrière le changement d'enseigne, c'est un métier qui change de centre de gravité : de l'adaptation de contenus internationaux vers la captation de l'attention.
Un nom emprunté à une acquisition de 2018
87seconds n'est pas un nom inventé pour l'occasion. C'est celui d'une agence de création vidéo fondée en 2000 entre Lyon et Paris par Thibaut Dehem, que Datawords avait acquise en juillet 2018, sa troisième opération après Digiprod en 2014 et Vanksen au tournant de 2018, rappelait alors e-marketing. À l'époque, Alexandre Crazover, cofondateur de Datawords, disait « construire un groupe global intégré » ; l'agence lyonnaise devait surtout permettre de décliner ses vidéos en soixante langues. Huit ans plus tard, c'est elle qui donne son nom à l'ensemble, et l'agence rebaptisée 87seconds Creative en devient le fer de lance créatif.
Le groupe assume la symbolique du chiffre. Selon le communiqué repris par La Réclame, le 8 renvoie à la prospérité dans les cultures asiatiques, le 7 à la chance en Occident, deux continents réunis dans une même ambition, et « 87 secondes » désigne la fenêtre d'attention qu'un contenu doit dépasser pour rester en mémoire. Le choix reflète, écrit Stratégies, « une conviction forte sur l'enjeu de l'attention pour les marques, à l'heure où la capter, puis la retenir, est devenu un sujet aussi stratégique que créatif ». Alexandre Crazover, CEO et cofondateur, résume : « Nous n'avons pas changé de nom pour changer d'image. Nous avons changé de nom parce que nous avons changé. »
Trois pôles pour six agences
La nouvelle organisation clarifie ce que le groupe avait accumulé par acquisitions. Le pôle Create réunit 87seconds Creative et Switching-Time, l'agence de Shanghai fondée en 2012, forte de 70 collaborateurs et spécialisée dans la mode, la beauté et le luxe, rachetée en décembre 2022 selon CB News. Le pôle Deploy regroupe Datawords, l'activité d'origine d'orchestration et de gouvernance des contenus internationaux, et Wezen, la plateforme technologique maison. Le pôle Manage rassemble Vanksen, l'agence social media luxembourgeoise entrée dans le groupe fin 2017, et Whatsquare, sur la visibilité, la performance digitale et les expériences conversationnelles.
Les six marques conservent leurs identités, leurs équipes et leurs organisations, précise CB News, qui chiffre l'ensemble à plus de 1 000 experts. Le groupe revendique de « connecter les marques au monde » en conjuguant intelligence artificielle et « intelligence émotionnelle ». L'annonce ne donne en revanche aucun chiffre d'affaires. Le dernier repère public date du changement d'actionnaire de février 2020 : 70 millions d'euros de revenus en 2019, contre 30 millions en 2015, et 800 collaborateurs de cinquante nationalités, selon le communiqué de Keensight Capital.
Un build-up financé par le capital-investissement
Car l'histoire de Datawords est aussi celle d'un groupe porté par les fonds. Immatriculée en juin 2000, la société s'est d'abord fait connaître comme spécialiste de l'adaptation multilingue de contenus web pour les marques de luxe. En juillet 2015, Cathay Capital y revenait aux côtés du management, de Keensight Capital et de Bpifrance, en rachetant la participation de Capzanine, sur une base de 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, rapportait CFNEWS. Suivent Vanksen, qui fait passer le groupe au-dessus de 50 millions d'euros et de 500 collaborateurs avec huit hubs de Paris à Tokyo, selon Eurvad, puis 87seconds et Whatsquare. En février 2020, Keensight prend la majorité du capital, les fondateurs restant associés, et met en avant l'intelligence artificielle, le renforcement géographique et la plateforme Wezen comme priorités. Switching-Time, en 2022, complète le dispositif chinois.
Le schéma est celui que nous avons décrit chez Cosmo5, l'ex-Labelium en octobre 2025 : un groupe construit par acquisitions successives dont la holding portait le nom d'une agence historique, et qui finit par changer d'enseigne pour rendre l'offre lisible. La différence est dans le sens du mouvement. Cosmo5 a créé un nom neutre au-dessus de ses marques ; Datawords a choisi celui de sa filiale créative, et relégué son propre nom au rang de marque d'exécution.
Ce que le choix dit du marché
Ce déplacement n'est pas anodin pour un groupe né de la traduction et du déploiement technique. Il dit qu'en 2026, la valeur perçue par les annonceurs internationaux se situe moins dans la capacité à décliner un contenu en cent vingt langues, une tâche que l'IA générative rend chaque jour plus banale, que dans celle de concevoir un contenu qui retient. Ce que l'organisation en Create, Deploy, Manage traduit, c'est un ordre de lecture : la création d'abord, la mécanique ensuite. Pour un annonceur qui achète de plus en plus de vidéos courtes et de formats sociaux, l'argument de la fabrication à grande échelle n'a de poids que si le premier contenu fonctionne.
C'est aussi un signal pour les indépendants qui grandissent par filiales. Empiler des agences sous une holding ne suffit plus ; il faut, à un moment, choisir quel métier porte la bannière. Reste une question que l'annonce ne tranche pas : la notoriété de Datawords, bâtie en vingt-sept ans auprès des marques de luxe et de leurs équipes internationales, se transfère-t-elle à un nom que le marché français associe encore à une agence vidéo de Lyon ? Le groupe parie que oui, et que l'attention se gagne d'abord sur le nom.
En résumé
Le 28 septembre, le groupe Datawords est devenu 87seconds, du nom de l'agence de création vidéo acquise en 2018, et s'est réorganisé en trois pôles, Create, Deploy et Manage, pour six agences et plus de 1 000 experts. Le nom évoque la fenêtre d'attention à dépasser et l'ambition de relier Asie et Occident. Pour un groupe financé par Keensight Capital et construit par acquisitions, le choix marque le passage d'un métier d'adaptation de contenus à un métier de création. Pour trouver les agences de création, de contenu social ou de production capables de travailler à l'international depuis Paris, notre annuaire des agences les référence, spécialité par spécialité.
Sources
- Datawords change de nom et devient le groupe 87seconds — The Media Leader FR, 28 septembre 2026
- Datawords devient le groupe 87seconds — CB News, 28 septembre 2026
- Le groupe Datawords devient 87seconds — Stratégies, 29 septembre 2026
- Datawords devient le groupe 87seconds : un nouveau nom pour connecter les marques au monde — La Réclame, septembre 2026
- Datawords acquiert 87seconds pour compléter son offre vidéo — e-marketing.fr, 10 juillet 2018
- Datawords rachète l'agence chinoise Switching-Time — CB News, 1er décembre 2022
- Datawords poursuit son développement international et fait évoluer son capital — Keensight Capital, communiqué du 10 février 2020
- Datawords retrouve son ancien actionnaire — CFNEWS, 30 juillet 2015
- Vanksen — transaction — Eurvad Finance
- Datawords Datasia — fiche entreprise — Pappers