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Focus·29 octobre 2026·7 min de lecture

Canal+ : Fabrice Mollier prend la main sur dix régies européennes

Le président de Canal+ Brand Solutions devient EVP Advertising Europe, responsable des régies du groupe dans dix pays. Focus sur une régie qui s'exporte.

Par la rédaction d'adgencia

Canal+ : Fabrice Mollier prend la main sur dix régies européennes

Une régie française qui prend la responsabilité fonctionnelle de ses homologues polonaise, tchèque, slovaque, néerlandaise, suisse et autrichienne : c'est l'information publiée le 27 octobre par The Media Leader. Fabrice Mollier, président de Canal+ Brand Solutions depuis 2020, est nommé EVP Advertising Europe du groupe Canal+, a annoncé la régie. Dix pays entrent dans son périmètre, la Belgique devant s'y ajouter en 2027. Focus sur une régie qui, après avoir appris à vendre les écrans des plateformes américaines en France, se voit confier l'harmonisation de la publicité d'un groupe devenu mondial.

Un homme de TF1 devenu patron de régie chez Canal+

Le parcours de Fabrice Mollier explique la nomination autant que la stratégie du groupe. Diplômé de l'ESSEC, il a passé près de vingt-cinq ans dans le groupe TF1, rappelle The Media Leader : directeur du développement de Téléshopping-TF1 et directeur de la chaîne Shopping Avenue, puis à la tête de TF1 Games, avant de prendre à partir de 2006 la direction du marketing et de la prospective des programmes, la présidence de TF1 Thématiques et de HD1 (devenue TF1 Séries Films), le poste de directeur général adjoint marketing, stratégie et innovation de TF1 Publicité, puis la présidence de TF1 Distribution. En 2017, il devient président du conseil d'administration de l'egta, l'association européenne des régies publicitaires de télévision et de radio. Il connaît donc les régies du continent par leur organisation professionnelle avant d'en diriger une.

Il rejoint Canal+ en septembre 2018 comme directeur général adjoint en charge du marketing, de la stratégie et des fonctions support de Canal+ Brand Solutions. En mai 2020, The Media Leader annonçait qu'il succédait à Francine Mayer, qui quittait le groupe après vingt-trois ans pour un projet entrepreneurial, à la présidence de la régie publicitaire du groupe Canal+ et de Bolloré Média Régie, avec un rattachement à Frank Cadoret, alors directeur général adjoint en charge de la France. Six ans plus tard, le périmètre passe de la France à l'Europe. L'article du 27 octobre ne précise ni à qui il rendra compte dans ses nouvelles fonctions, ni s'il conserve la présidence de Canal+ Brand Solutions, ni qui occupait auparavant, s'il existait, le poste d'EVP Advertising Europe.

Une régie qui a fait de l'agrégation son métier

Ce que Canal+ Brand Solutions apporte aux régies européennes du groupe, c'est d'abord un savoir-faire singulier : vendre la publicité de contenus qu'elle ne produit pas. En juin 2024, Canal+ Brand Solutions devenait la régie exclusive de Max en France, au lancement de la plateforme de Warner Bros. Discovery. « Nous avons été les premiers au monde, avec les Pays-Bas, à signer ce type d'accord », expliquait Fabrice Mollier à The Media Leader en avril 2025, en revendiquant « déjà plus de 200 annonceurs présents » et une règle de « jamais plus de 4 spots dans un break ». En juin 2025, à Cannes, il allait plus loin : « C'est même devenu notre ADN. Nous avons intégré Netflix dans nos offres dès 2019, avant d'étendre cette logique à Apple TV, Paramount+ ou Max. » Et il résumait le modèle : « Ce modèle de super agrégateur, avec ingestion des contenus dans l'interface Canal, est unique. »

La même interview annonçait la suite. « Avec notre présence dans 52 pays, et l'acquisition en cours de MultiChoice, nous allons devenir un acteur global », déclarait-il, avant de décrire la méthode : « Sans devenir monolithiques, nous allons harmoniser les standards techniques, réfléchir à des briques communes tout en gardant une approche locale forte. » Il parlait alors d'« un changement de paradigme majeur pour Canal+ Brand Solutions ». La nomination du 27 octobre est la traduction organisationnelle de cette phrase : la responsabilité est « fonctionnelle », selon The Media Leader, ce qui laisse en principe les régies locales à leur marché et à leurs annonceurs, et confie à Paris les standards, les outils et probablement les offres transnationales.

Le terrain français, lui, n'a pas été simple. En avril 2025, Fabrice Mollier devait gérer l'arrêt de C8, « notre première chaîne en audience et la leader de la TNT », avec un plan social « concernant entre 20 et 30 postes », tout en s'appuyant sur CNews, devenue selon lui « la première chaîne de la TNT en audience », sur une application Canal+ dont l'inventaire avait « triplé en 18 mois », et sur la distribution en 100 % digital de TPMP. Sa feuille de route tenait en une phrase : « Consolider notre avance sur la publicité en contexte premium, renforcer notre inventaire digital, poursuivre la monétisation créative et accompagner la mutation du marché. »

Un groupe stable en Europe, qui cherche des relais

Le contexte financier donne la mesure de l'enjeu. Le 22 octobre, Canal+ a publié un chiffre d'affaires de 6 412 millions d'euros sur neuf mois, en hausse de 37,5 % grâce à l'intégration de MultiChoice, mais « globalement stable (-0,3 %) » à périmètre et change constants, selon The Media Leader. L'Europe, qui pèse 3 363 millions d'euros, recule de 1,4 %, un repli attribué à l'arrêt de C8 et à la fin de la distribution de DAZN en France, et le groupe mentionne « la faiblesse du marché publicitaire ». Dailymotion, dont la régie française dépendait historiquement du même ensemble, affiche une « baisse des revenus publicitaires au troisième trimestre, dans un contexte de marché difficile ». Aucun chiffre d'affaires publicitaire n'est publié, ni pour la France ni pour le groupe.

Dans ce tableau, la publicité européenne est l'un des rares leviers que le groupe peut actionner sans acheter de droits. Les régies de Pologne, de Tchéquie, de Slovaquie, des Pays-Bas, de Suisse et d'Autriche vendent chacune sur leur marché ; les trois autres pays des « dix » ne sont pas nommés par The Media Leader. Les mutualiser sous une direction fonctionnelle revient à faire ce que les groupes d'agences ont fait avant les régies : un hub, des standards techniques communs, une offre lisible pour un annonceur paneuropéen. C'est aussi ce que nous observions chez Netflix, qui a confié son média EMEA à Dentsu sur 22 marchés : la demande se consolide, l'offre suit.

Ce que cela change pour les agences

Pour les agences média françaises, l'effet immédiat est faible : la régie de Paris garde ses interlocuteurs et ses chaînes. L'effet à moyen terme est plus intéressant. Une régie qui harmonise ses standards sur dix pays devient capable de proposer un achat vidéo multi-marchés, là où les agences devaient jusqu'ici traiter pays par pays. Les annonceurs qui pitchent leur média à l'échelle européenne, comme nous l'avons vu avec Netflix côté offre ou Reckitt, passé chez WPP Media pour l'Europe, côté demande, trouveront en face un vendeur organisé de la même manière. La plateformisation des régies TV que nous suivons depuis l'été prend ici une dimension géographique.

Les angles morts sont nombreux. L'annonce ne donne ni l'effectif des régies concernées, ni leur chiffre d'affaires, ni le calendrier de l'harmonisation, ni le nom du responsable de la régie française si Fabrice Mollier devait s'en éloigner. The Media Leader ne cite aucun verbatim. Et la Belgique, annoncée pour 2027, dépend d'un calendrier que l'article ne détaille pas. Il faudra attendre les CGV 2027 et les premières offres transnationales pour juger de la portée réelle de la réorganisation.

En résumé

Fabrice Mollier, président de Canal+ Brand Solutions depuis 2020 et ancien de TF1 puis de l'egta, devient EVP Advertising Europe du groupe Canal+, avec la responsabilité fonctionnelle des régies de dix pays européens, dont la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, les Pays-Bas, la Suisse et l'Autriche, et la Belgique en 2027, selon The Media Leader. La régie française, qui a bâti son modèle sur l'agrégation et la vente des écrans de Max, Netflix, Apple TV ou Paramount+ dans l'interface Canal, exporte ainsi sa méthode dans un groupe dont l'Europe recule de 1,4 % sur neuf mois et qui cherche des relais sans acheter de droits. Pour les agences, c'est l'annonce d'un vendeur paneuropéen de plus face à des annonceurs qui pitchent déjà à cette échelle. Pour comparer les agences média, digital et data à Paris et en région, notre annuaire des agences permet de filtrer par métier et par implantation.

Sources